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Erdé l'apprenti. Une plume libre. Naïf, mais pas tout à fait !!!

Erdé l'apprenti. Une plume libre. Naïf, mais pas tout à fait !!!

Ce lieu est mon espace de LIBERTE, de poésie, de rêve, d'UTOPIE. C'est rouge et vert, les couleurs de la VIE et celle des arbres ESPERANCE. C'est bleu et blanc, pour l'ENVOL et l'ENFANCE. C'est le jaune de certaines calligraphies, pour La Lumière du SOLEIL. L'infini légèreté de l'esprit de l'être toujours en devenir. Le rêve perpétuellement retrouvé. Le regard grand ouvert et lucide sur ce que je suis et ce que je fais. Le regard grand ouvert et lucide sur le monde qui m'entoure. VENEZ A MA RENCONTRE, COMME JE VIENS A LA VOTRE...MAINS TENDUES, PAUMES OUVERTES VERS LE CIEL...

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Le voyage de Savéria Orsoni.

Rémy Ducassé dit Erde —
SAVERIA ORSONI.

SAVERIA ORSONI.

Dédicace particulière - à Henri Piasco. 

Simplement pour ce qu’il est. Les mots me manquent, et la pudeur m’impose le silence de peur de trop en dire. 

 

 

Le voyage de Savéria ORSONI

 

(suite)

 

 

Sommaire  :

 

Chapitre V et VI. 

 

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Chapitre V.

Dumè Delmieri se marie.

 

A force de persuasion, de douceur, d’encouragement de patiente discussion Savéria et son mari arrivèrent à conduire Dumè le jeune frère du berger au bal du 14 Juillet au bourg de Lumio. Là, les secrètes et longues interventions de Savéria menées préalablement de main de maître, si je puis dire, lui firent rencontrer une jeune fille du bourg. Elle était la sœur cadette d’une des meilleures amies de Savéria. Elle se prénommait Francesca Vincintini. Elle était blonde comme les blés et ses yeux d’un bleu presque transparent avaient fait chavirer le cœur du jeune cordonnier/sabotier Dumè. Elle accepta plusieurs danses avec le jeune homme. Celui-ci s’enhardit, séduit qu’il avait été par la belle Francesca, fit secrètement plusieurs fois des visites à la jeune demoiselle. Puis ils se revirent à la foire du 15 Août, suivant. La présentation du jeune homme aux parents de la future fiancée eut lieu un jour du début d’Octobre. La date du mariage fût arrêté au 5 Juin de l’année suivante.

La jeune fille avait accepté de quitter le bourg au presque désespoir de sa mère car c’était sa dernière fille. Mais elle se devait de suivre son époux jusqu’à son logement de fonction dans la propriété du vieux docteur Savoldelli.

Une fois encore la bienveillance et la simplicité de Savéria avait fait son ouvrage et rendit deux jeunes gens très heureux.

Véritablement Jean-Baptiste pouvait être fier de sa femme. Celui-ci se gardait bien de lui faire des déclarations trop tapageuses, devant des inconnus. Il préférait garder cela pour leur intimité. La discrétion était plus adéquate à ce sujet. Il se disait les mots d’amour, le soir serrés l’un contre l’autre, s’embrassant tendrement en faisant naître l’un pour l’autre des vagues de désir sincère et profond.

Mais chut !!! – Cela ne regarde qu’eux, et je suis bien trop pudique pour vous dire quoique ce soit ; il n’est pas question que je brode autour de ce sujet. Même si je sais quelques petites histoires concernant ces deux là, je ne dirai absolument rien, pas même sous la torture. Mes lèvres emporteront avec elles scellées à jamais sur ma bouche close ces secrets de pur bonheur. Rien, rien de tout ça, vous ne saurez rien.

C’est tout !!

A peine un peu plus de dix mois après la naissance de Laura, Savéria mit au monde un petit garçon. L’accouchement bien qu’étant le troisième fût long et difficile pour la maman. Marcellu Fillippi le nouveau médecin, qui remplaçait maintenant le bon docteur Savoldelli passa plus de dix heures au chevet de Savéria aidé par sa belle-mère venue tout exprès de la ferme. Tout en secondant le jeune médecin la mère de Jean-Baptiste s’occupait efficacement des deux enfants. Ils avaient grandis et nécessitaient tous deux d’un peu plus d’attention. Surtout la petite Laura qui était à l’âge où on commence à toucher à tout et où l’on bouge beaucoup. La pauvrette se demandait bien pourquoi on lui interdisait de voir sa mère. Pourquoi ne quittait-elle pas le lit de la chambre de ses parents et qu’est-ce que c’était toutes ces allées venues des grands dans la maison. Et ce monsieur bien habillé qui ne quittait pas le chevet de sa maman, qui était-il ?

Savéria en bonne femme forte mit après maintes souffrances ce petit garçon que ses parents baptisèrent Lisandru.
Très vite celui-ci réussit à prendre le poids nécessaire à tout nouveau né afin de prendre le bon chemin, celui d’une vie longue et laborieuse. Sa mère elle très rapidement se releva de ses couches et reprit sa place, toute sa place au sein du foyer.

Le matin, au lever une chanson au bord des lèvres destinée aux enfants, histoire de les aider à se lever du bon pieds et le soir une douce berceuse leur permettant d’affronter sans trop de crainte les dangers innombrables des nuits enfantines. De toute façon Savéria avait toujours une oreille endormie et l’autre aux aguets prête à aller aider l’un ou l’autre de ses petits à se rendormir en cas de mauvais rêves. Parfois, elle désertait même la couche conjugale moelleuse, pour se glisser silencieusement dans celle tout aussi douce d’un des enfants, si celui-ci ne parvenait pas à rattraper son sommeil.

En fait je crois que comme bien des mères agissent ainsi, depuis toujours. Une seule moitié de leur tête est endormie. L’autre moitié reste en éveil.

Ainsi la vie passait et les hommes et les femmes avec elle. Beaucoup ne s’occupait pas d’autres choses que de l’existence précieuse de leurs familles. Ici en Corse, il en était ainsi, de la même manière que là-bas sur le continent.
Peu d’individus s’intéressaient à la vie en dehors des communautés de leur proximité. Les villages, les hameaux, une ou deux fermes les plus proches, ça c’étaient pour les regroupement d’habitants, voilà ce qui préoccupait la population. Les paroisses et les confréries voilà pour les lieux où l’instruction et le partage des chagrins, des peines trouvaient des lieux de la parole. Et pour finir il y avait les fêtes, les bals où musiciens et chanteurs de polyphonies mettaient en valeurs la vie des petites gens.
Aujourd’hui bien des choses subsistent encore dans l’île, même si c’est sous d’autres formes qu’elles s’expriment.

Permettez-moi de faire un petit écart dans mon histoire. Une toute petite digression, de celles que j’aime beaucoup. Tant pis pour moi le « pinzuttu » que je suis si cela entraîne quelques réactions de la part de mes hypothétiques lecteurs.
Certains spécialistes prétendent que seuls les hommes en ce temps là celui de mon récit et même avant chantaient les polyphonies. Je ne crois pas que cela soit tout à fait ainsi que cela se soit produit. Les femmes chantaient elles aussi. Oui, et elles chantaient aussi les polyphonies. Elles chantaient aussi bien des chants profanes, que des chants religieux.

Un des lieux où seules les femmes et les enfants se retrouvaient régulièrement et où elles se laissaient à chanter elles aussi c’était les lavoirs.
Je ne suis pas un spécialiste, mon propos n’est pas d’établir une thèse sur ce sujet. Mais j’ai plutôt tendance à croire la voix des femmes qui aujourd’hui revendiquent fermement, mais en douceur ce que ne saurait aucunement faire un homme le fait d’avoir été elles aussi un maillon essentiels de la transmission du chant Corse et de l’oralité de cette tradition.

Mais revenons car il se fait tard, à notre voyage de Savéria Orsoni.

Jean-Baptiste, Laura et Lisandru les enfants de Savéria et du berger Delmieri grandissaient en force et en sagesse. Oh !!, il y avait bien mais comme toujours en pareil cas quelques chamailleries entre les frères et la sœur. Celle-ci dans ces cas là avait tendance à se réfugier dans les jupes de sa mère ou à s’accrocher aux jambes des pantalons de son père. Celui-ci était plus sévère que sa femme. Il n’aimait pas l’idée qu’un enfant puisse se sentir injustement traité en cas de dispute avec l’un de ses frères et sœurs. Il cherchait toujours à connaître le fin mot des histoires. Il avait bien trop souffert des punitions jetées à tors par son propre père, lors de ses rares moments de présence lucides auprès des siens. Il ne supportait pas l’idée des jugements à la Salomon. Si l’on avait fauté, on devait être puni et réparer si possible sa faute. Cette notion de réparation lui tenait beaucoup à cœur. Il s’efforçait toujours de trouver les mots en restant ferme, mais bienveillant pour faire passer ce message à ses enfants.

Dans la tenue de cette justice à l’endroit de ses enfants, il réussissait assez bien. Tout simplement parce qu’à l’opposé des autres parents, il prenait le temps d’écouter les uns ou les autres de ces petits « plaignants » même après une journée harassante de travail. Et surtout, surtout il aimait ses enfants. Sans préférence. Il jouait avec chacun d’eux, il les taquinait autant l’une que les deux autres. Il riait de les voir. Il leur chantait des chansons, leur parlait des bois, des brebis, leur enseignait les saisons. Tout simplement il leur enseignait la vie.

Souvent, surtout les soirs d’hiver il leur racontait une histoire qu’il tenait de son beau-frère Ange. Celui-ci la tenait lui-même de son Maître compagnon menuisier du bourg de Lumio, où il avait fait son apprentissage avant de partir accomplir son « Tour de France ». Jean-Baptiste aimait beaucoup ce récit. Il avait appris par cœur et l’avait aussi un enrichi par ses observations des mœurs et de la vie des forêts du Montegrosso. Les trois petits la connaissaient eux aussi par cœur, mais ils ne s’en lassaient pas.
Cette histoire c’est celle que vous avez pu découvrir sous le titre : « Je prendrais le chemin des arbres », un peu plus haut dans ce recueil. Je me la suis « honteusement » appropriée.

Les mois et les années passaient dans la quiétude protectrice des bras des parents refermés autour de leurs enfants. Le blanc commençait lentement à parsemer la toison brun-roux du berger et quelques minuscules, presque invisibles ridules ornaient les coins des yeux de la lavandière.

Savéria, en dépit du travail que lui procurait la tenue de sa maison et l’éducation de ses trois enfants, sans oublier l’aide qu’elle apportait ponctuellement à sa belle-mère vieillissante, n’avait pas abandonné son travail pourtant bien peu rémunérateur de Lavandière.
C’était pour elle, la possibilité de continuer à rencontrer ses amies du village. Pouvoir partager entre femmes ces préoccupations, secrets, « menus papotages », rires, émois, tristesses, et même pleurs parfois là, au lavoir ce lieu presque réservé dont les hommes ne s’approchaient pratiquement jamais. Surtout elles pouvaient sans risquer d’être entendues de trop près, elles chantaient, y mettant toutes leurs âmes, tout leurs cœurs. Ces chants tenaient étrangement tout à la fois du divin et du païen, étroitement mêlés.

Lorsque des propos des unes ou des autres tournaient à la médisance, Savéria et une autre de ses amies remettait de l’ordre dans les verbiages devenus discourtois, voire même méchants. Sans le savoir de façon naturelle Savéria et les femmes au lavoir créaient ce que certains intellectuels appellent du lien social.

Les hommes eux, grands dadais qu’ils étaient à cette époque et qu’ils sont largement restés encore aujourd’hui, considéraient ces séances de « parlotes » échangées comme beaucoup de temps perdu. Ils étaient bien loin de se rendre compte que derrière et entre les mots échangés toute la vie de la communauté du village était en train de se construire et d’évoluer.

Il n’y a pas que dans les grands hémicycles que se font et défont les histoires des peuples.

Jean-Baptiste après avoir arraché souches et mauvaises haies, replanté arbres nouveaux, de toutes essences – oliviers, orangers, châtaigniers, chênes (si précieux pour l’alimentation des nombreux sangliers peuplant les forêts du pays), après avoir nettoyé ses deux parcelles de terre abandonnées et les avoir plantées de magnifiques ceps de vigne, avait reçu le surnom d’homme qui plantait arbres et vigne. Il y avait de la part de ceux qui lui avaient attribué ce sobriquet une espèce de sentiment mélangé d’admiration, et de respect et de dérision, voire même de moqueries. Oui, de moqueries. Pourquoi se donner tant de mal à faire volontairement ce que la nature accomplissait presque naturellement sans que l’homme ait à intervenir.

Mais Jean-Baptiste avait une âme de cultivateur. Il aimait ses arbres, sa vigne et ses bêtes presqu’autant que sa femme et ses enfants. Les arbres il les aimait au point de les serrer entre ses bras, et même il leur parlait. Ses vignes, il caressait leurs feuilles à peine celles-ci commençaient à poindre. A elles aussi il s’adressait comme si elles pouvaient entendre ce qu’il leur disait. Toute son attitude avec les uns et avec les autres respirait la tendresse.

L’amour de la nature, c’était ça si on avait pu l’observer.
D’ailleurs une fin d’après-midi il avait failli se laisser surprendre en train d’étreindre un gros chêne entre ses bras musclés. Heureusement, il avait entendu un pas lourd derrière lui faisant craquer une brindille. Le Jean-Baptiste avait l’ouïe très fine. Il eut juste le temps de lâcher l’arbre, pour se dissimuler derrière le gros tronc. Seul son chien le brave Solo, émit un bref jappement aussitôt réprimandé d’un simple regard par son maître. Le promeneur passa non loin de l’arbre sans se douter de quoique ce soit. Il n’aurait plus manquer qu’il voit le berger dans cette posture, pour en rajouter une série de commentaires de la part de tous ceux qui le trouvaient un peu bizarre, pour ne pas dire plus.

Mais tout ce travail qu’accomplissait avec entrain Jean-Baptiste Delmieri le berger planteur d’arbre et nouveau viticulteur du Montegrosso commençait à peser fort lourd sur ses épaules sans qu’il s’en plaigne de par ailleurs. Mais il n’avait plus vingt ans. Malgré ses pâtres, ses sœurs et frère, et les ouvriers agricoles qu’il avait recrutés, la tâche restait importante. Et ses allers et venues d’un lieu à un autre, surtout l’hiver qui pouvait être aussi pluvieux en ce pays que l’été était sec et aride, lui laissait ses reins douloureux lorsqu’il rentrait souvent tard chez lui. Il s’écroulait de tout son poids auprès de la cheminée et il lui arrivait même certains soirs de s’endormir avant que Savéria lui ait servi sa soupe.

Le temps avait passé. Les jours avaient passés, les semaines avaient passées, les années avaient succédées aux années. Bientôt vingt trois ans que Savéria et Jean-Baptiste s’étaient mariés.
L’hiver qui suivit leur anniversaire de mariage, nous étions donc en 1854, fût d’une très grande rigueur. La pluie, le gel et le vent violent venant de la côte ouest, empêcha Jean- Baptiste de vaquer à ses nombreuses occupations.

Un jour peu de temps avant le jour des morts, il attela son vieux cheval à la charrette grinçante et après avoir embrassé sa chère et tendre épouse, lui disant je vais jusqu’au bois de Lunghignano, couper quelques bûches pour regarnir l’appentis. La brume et la pluie empêchaient de voir à plus d’un mètre devant soi. C’était tôt le matin. Savéria l’embrassa très fort se piquant à sa barbe de trois jours. Elle le trouvait toujours aussi beau.

 

 

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 Chapitre VI.

L’accident.

 

  • -  « Soit prudent, mon homme. Tu pourrais remettre ce travail au moins jusqu’à demain ».

  • -  « Ne t’inquiètes pas ma Savéria. Allez rentre te mettre au chaud. Ne va pas attraper le mal, là en plein courant d’air. Embrasse les enfants pour moi. Prends bien soin de toi et d’eux aussi. Je vais faire vite. Nous ne pouvons rester sans bois pour le feu ».

  • -  « Merci mon Jean-Baptiste, toi aussi surtout prends grand soin de toi. Ne roule pas trop vite. Je t’ai préparé un casse-croûte, je l’ai mis dans un panier, j’ai serré le panier dans le coffre sous le siège de la charrette ».

    Savéria ne pouvait imaginer que c’étaient les derniers mots qu’elle échangeait avec son mari. Pourtant...Ce matin là elle avait comme un mauvais pressentiment.

    Deux ou trois heures après, ou peut-être plus, peut-être moins, alors que son homme dut être de retour, celui-ci n’était toujours pas rentré. L’inquiétude commença à s’infiltrer de manière bien insidieuse dans son esprit, semant le trouble dans son cœur qui se mit à battre de plus en plus vite.

    Sur le coup des trois heure trente de l’après-midi, le soleil commençant à descendre, laissant la place à une demi obscurité, des coups forts et agités furent frappés à la lourde porte de la maison. Des bruits de voix affolées, se faisaient entendre derrière l’huis.

    Savéria compris instantanément qu’il était arrivé quelque chose de grave à son mari.
    Elle ouvrit très rapidement la lourde porte, derrière elle les enfants se pressaient voulant voir eux aussi qui avait frappé. En voyant Dumè, accompagné du docteur Fillippi, et d’un voisin qui n’arrêtait pas de trembler tout en faisant les cents pas devant l’entrée, Savéria comprit immédiatement qu’un accident était arrivé.

    - « Où est Jean-Baptiste. Que lui est-il arrivé ?? Je veux le voir !! ».

    La petite Laura se mit à pleurer et les deux garçons se tenaient serrés très près de leur mère. Savéria répéta sa question immédiatement, s’adressant cette fois directement au médecin :

    « Docteur, où est Jean-Baptiste ? Que lui est-il arrivé ? Répondez-moi, je veux savoir, je veux le voir !! – Pourquoi ne répondez-vous pas et toi Dumè, dis-moi, tu ne me réponds pas, qu’est-il arrivé à ton frère ? C’est grave n’est-ce pas ?»

    A cet instant le docteur Fillippi, pris Savéria aux épaules et la serrant fort dans ses bras, lui dit :

    - « Madame Delmieri-Orsoni, vous allez devoir être forte, très forte. Heu !! En effet il est arrivé quelque chose à Jean-Baptiste ».

    A cet instant là, Savéria se décrochant avec force des bras du médecin, poussa un hurlement en s’écroulant sur le seuil glacé de la maison familiale.

Aussitôt Laura la première se mit elle aussi à hurler. Et les deux garçons complétement désemparés surent sans que personne leur ait dit quoique ce soit qu’ils ne reverraient pas leur père vivant.
Le docteur Fillippi le premier réalisa la gravité de la situation. Il fallait réagir très vite. Il aida Savéria usant de la plus grande douceur à se relever et poussant du pied la lourde porte l’invita tout aussi fermement à pénétrer dans le logis familial.
L’oncle Dumè, lui prenant conscience de ses responsabilités s’occupa à son tour de faire rentrer les petits. Il emporta Laura serrée dans ses bras tout contre lui. La petite un peu rassurée se calma, tout en continuant de pleurnicher. Les garçons le regard hagard le suivirent en s’accrochant à ses jambes de pantalon.
Tout en conduisant Savéria jusque dans sa chambre le docteur Fillippi demanda à Dumè de faire chauffer de l’eau. Il voulait en faire une infusion dans laquelle il mettrait un peu de sédatif qu’il tira de sa sacoche en cuir. Aussitôt Dumè prêt à tout faire pour seconder au mieux le médecin et venir ainsi en aide à sa belle-sœur s’exécuta sans un mot. Il en profita pour faire aussi chauffer du lait de chèvre, qu’il donnerait à Laura et aux garçons, si ceux ci en voulaient aussi.
Il entendit le médecin qui aidait Savéria à se coucher, tout en lui racontant dans le détail les circonstances de l’accident. De toute manière, il était inutile de se donner le moindre délai pour procéder à ces explications. Tôt ou tard Savéria voudrait savoir.
Le docteur Fillippi n’omit aucun détail, ni aucune des circonstances qui avait amené le décès brutal de Jean-Baptiste Delmieri. Il avait appris au fil des jours à connaître la force de caractère de Savéria Orsoni et il se dit que cela ne servirait à rien de lui dissimuler, même les aspects les plus difficiles de ce malheur.
Le cheval attelé à la solide charrette, connaissant pourtant parfaitement bien le chemin dans les sous-bois de Lunghignano avait fait un faux pas s’enfonçant la patte avant gauche dans une ornière assez profonde entraînant avec lui la charrette, chargée au maximum de bois par Jean-Baptiste. Celui-ci voulant retenir tout l’attelage glissa à son tour du banc du conducteur, la charrette versa sur le côté et le malheureux berger reçut la totalité du chargement sur lui. Celui-ci ne lui laissa aucune chance et le berger fût littéralement écrasé sous le poids du bois empilé. C’est ainsi que son frère Dumè passant presque par hasard, rentrant d’ « U cignale » le trouva, à peine respirant un peu, mais il ne résista pas longtemps au fur et à mesure que son frère essayait du mieux qu’il pouvait de le dégager. Jean-Baptiste s’éteignit dans un dernier râle sans avoir pu dire quoique ce soit à son frère cadet avant de mourir.

Savéria épuisée par tout ce malheur, dormit deux jours et deux nuits. Le médecin ne quitta pratiquement pas son chevet. Dumè aidé de sa femme et de sa mère et des voisins et voisines du village s’occupèrent des enfants. Ils préparèrent aussi avec force dévouement l’enterrement du berger. Lorsque Savéria put à nouveau se lever, elle ne versa pas une seule larme. La seule chose qu’elle parvenait revenant comme une longue plainte était toujours la même phrase :

- « Mon Dieu, pourquoi ? Mon Jean-Baptiste, il était encore fort comme un Turc. Il avait à peine cinquante deux ou cinquante trois ans. Pourquoi ? Mes enfants, qui va s’occuper de mes enfants maintenant. Je ne vais pas y arriver toute seule. Ce monde est bien difficile pour les petites gens comme nous. Mon Dieu que vais-je devenir ?? ».

 

Les voisins et sa famille, enfin ce qu’il restait de sa famille, essayaient du mieux qu’il pouvaient de la consoler, de l’encourager. Ils lui disaient qu’ils allaient l’aider, qu’ils  

partageraient le malheur et les peines comme ils avaient toujours su partager les joies et es rires.
Jean-Baptiste Delmieri le berger du Montegrosso fût enterré trois jours après son décès si brutal. Tout le village était présent. Pas une seule âme ne manquait pour rendre un dernier hommage à cet homme qui avait fait l’unanimité autour de sa personne, durant toute sa vie. Nul ne lui connaissait d’ennemi. Ce fût une bien belle messe d’enterrement.

Le curé Costa-Meniccioni pourtant si prolifique d’habitude fût et cela se remarqua d’une très grande sobriété dans ses propos.

Savéria comme elle l’avait fait à la mort de Sauveur Piscien prit son porte-plume et fit une brève et émouvante lettre à son frère Ange afin de lui faire part de la triste nouvelle. Elle savait les liens discrets mais néanmoins étroits qui unissaient les deux beaux-frères.
Même si les occasions qu’ils avaient eu de se les témoigner avaient été aussi rares qu’espacées. Ange répondit très rapidement à sa sœur. Il était, on le sentait bien dans les mots qu’il employait dans sa lettre, très ému. Lui aussi sentait l’âge qui laissait annoncer que tôt ou tard, il allait devoir arrêter de monter sur les toitures et de porter de lourdes charges sur ses épaules. Mais il n’en dit pas plus, ne voulant pas inquiéter Savéria.

Après l’enterrement, dans les jours qui suivirent chacun s’attacha à être présent aux côtés de Savéria et de ses enfants. Régulièrement ceux-ci montaient jusqu’à la ferme de leur grand- mère. Cela les aida à passer les épreuves liées à l’absence brutale de leur père. Lisandru le plus petit réclamait souvent après son père. Savéria alors dans ces moments douloureux le prenait sur ses genoux et lui chantonnait une des chansons que Jean-Baptiste murmurait le soir à l’oreille des petits avant qu’ils s’endorment.

Afin de na pas perdre totalement le bénéfice du travail entrepris pas son cher mari, au printemps suivant, elle décida d’embaucher définitivement deux salariés agricoles, l’un pour superviser les vignes, l’autre pour suivre les deux bergers qui s’occupait des brebis et des chèvres et pour entretenir les pâtures et les chemins de la ferme.
Elle dirigeait d’une main ferme son personnel, ferme mais sans injustice. De son côté elle avait décidé d’envoyer ses deux aînés auprès du prêtre pour qu’il les instruise du Latin, des mathématiques et aussi du Corse et du Français, puisque celui-ci maîtrisait parfaitement ces trois langues.
Tous les jours les deux enfants Jean-Baptiste cadet et Laura, main dans la mains se précipitait jusqu’à la cure et ils rentraient le soir, les yeux chaque jours un peu plus grands de tout le savoir qu’ils avaient appris dans la journée. C’était un vrai plaisir de les voir ainsi cheminant pas à pas sur ce chemin de la connaissance. Leur père aurait été tellement fier de les voir. Savéria de son côté gardait le petit Lisandru se disant qu’il serait bien temps pour lui aussi de filer s’instruire auprès du curé.
Elle continuait bien courageusement faisant l’admiration de toutes les femmes du village, son métier de Lavandière. Si elle était un peu moins enjouée qu’auparavant, elle gardait pourtant au bord de ses lèvres une petite chanson. Soit qu’elle chantonnait distraitement au lavoir comme pour elle seule, soit à voix haute le soir à la veillée pour ses trois enfants.

Comme du temps où son Jean-Baptiste était encore là, les jours, les semaines, les mois et les années passaient comme si rien n’y paraissait. 

 

A suivre...

Thia Maria - Crédit photo Vasil Qesary.

Thia Maria - Crédit photo Vasil Qesary.

Le voyage de Savéria Orsoni

Rémy Ducassé dit Erde —
Le voyage de Savéria Orsoni

Dédicace particulière - à Henri Piasco.

Simplement pour ce qu’il est. Les mots me manquent, et la pudeur m’impose le silence de peur de trop en dire.

 

 

Le voyage de Savéria ORSONI (suite)

 

 

Sommaire  :

 

Chapitre III et IV. 

 

 

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Chapitre III.

La rencontre de Savéria et Jean-Baptiste.

 

 

A peine âgée de vingt trois ans au moment du décès de sa chère mère, Savéria Orsoni ne se laissa pas aller au chagrin. Elle décida que jamais elle ne baisserait les bras face aux aléas de la vie. Jamais elle ne se laisserait dominer par les peines et le chagrin.

Elle décida de tout faire pour être heureuse et venger en quelque sorte sa mère malmenée par le mauvais sort, et les mauvaises gens.

Elle pris cet engagement toute seule, sans jamais le dire à quiconque. Là dans un petit coin secret de sa tête qu’elle avait tout aussi bien pleine, que bien faite. Elle décida qu’elle serait heureuse, non par défi, mais par devoir. Elle se dit, sans chercher d’où cette idée avait bien pu lui venir : « L’Amour ce n’est pas un droit, l’Amour c’est un devoir ».

Cette résolution scella sa vie comme l’amour des arbres avait scellé le destin de son frère.

Chez les Orsoni, on sait ce que l’on veut et on le met en œuvre, du mieux qu’on le peut.

Chez les Orsoni, on pense que l’on peut se changer soi-même jusqu’au dernier souffle de sa vie.

Savéria disait aux personnes qui lui étaient précieuses : « Le chemin c’est nous, oui le chemin c’est nous, la, la, la, la lère !!! ». Lorsqu’elle avait un peu de chagrin, elle se mettait à chantonner cette petite phrase et aussitôt elle retrouvait sa bonne humeur et son sourire.

 

Vous souvenez-vous qu’au début de mon récit, j’aie écrit que tout autour de Savéria, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, on disait qu’elle rendrait un homme très heureux et que celui-ci aurait bien de la chance ?

 

Vous en souvenez-vous, oui ou non ? Vous pouvez vérifier, si vous ne vous en rappelez plus !!

 

Deux ans après le décès de Toussainte, Savéria âgée de vingt cinq ans, juste avant qu’on ne la classe dans la catégorie des filles difficiles à marier – ce qui aurait été un comble rencontra un jour de marché au bourg de Lumio, un beau, très beau jeune homme.

Le bourg de Lumio était devenu maintenant une grosse bourgade. Son marché du mercredi était un des plus important de toute la Balagne.

Le jeune homme sans aucun geste déplacé, sans même émettre un de ces regards effrontés vers notre Savéria avait une démarche altière. Démarche ample, haute stature, larges épaules, allure soignée pas comme bon nombre de ces jeunes gens à marier. Non, lui respirait la bonne santé physique et mentale. Il parlait posément. Quand il souriait de belles dents blanches étincelaient dans sa bouche. Des cheveux bruns roux frisés coupés soigneusement couronnaient sa tête. Une moustache ourlait d’un trait sombre sa lèvre supérieure.

Aussitôt que leurs regards se croisèrent Savéria Orsoni et Jean-Baptiste Delmieri surent qu’ils étaient destinés l’un pour l’autre.

A cet instant précis Savéria rougit et baissa sa tête, faisant mine de s’adresser à une villageoise venue lui demander le prix de ses œufs. Le cœur de la jeune fille se mit à battre plus fort dans sa ronde poitrine. Jean-Baptiste la regarda discrètement du coin de son œil. Lui aussi avait été touché en plein cœur par le visage rougissant de la jolie Savéria.

Il se dit en lui même, j’espère qu’elle sera là encore ce soir et que je pourrai l’inviter à danser au bal du 14 Juillet.

Ici, en Corse le 14 Juillet n’était pas comme sur le continent la célébration de la prise de la Bastille.

Ici, en Corse le 14 Juillet commémore l’élection au suffrage universel de Pascal Paoli à la tête du peuple de la Nation Corse. C’était en 1755.

Toute la journée Jean-Baptiste Delmieri le berger du Montegrosso s’efforça de ne pas penser à celle qui venait sans crier gare et sans le savoir d’entrer dans sa vie.

Enfin si nous disons sans le savoir, c’est pour vous mettre, vous mes hypothétiques et indulgents lecteurs, l’esprit en alerte. Tenir vos cœurs en haleine.

Malgré sa volonté de ne pas accorder trop d’importance à cette jeune fille, bien tournée, Jean-Baptiste sentait monter en lui l’impatience de se voir l’inviter à danser, le soir même au bal. Certes, il se savait piètre danseur. Mais qu’importe, la danse ne serait qu’un prétexte pour engager la conversation. Pour lui, comme pour elle, il en était persuadé. Et si elle ne venait pas, au bal. Si ses parents lui interdisaient simplement ce genre de distraction. Si elle était rentrée chez elle dès ses produits vendus au marché. Elle n’avait pas l’air qu’ont certaines filles des villages alentours : coquines et délurées. Non elle n’était pas de celles là.

Non, elle ce n’était pas pareil. Des myriades de pensées contradictoires s’agitaient dans l’esprit ébranlé du berger, d’habitude si raisonné et raisonnable.

 

- « Que t’arrive-t-il, garçon ? Le regard pourtant bien sage et le sourire à peine aperçu de cette demoiselle t’auraient ils ôté toute raison à ton jugement. Pourtant ce n’est pas les premiers de filles que tu croises !! »

- « Oui, mais elle ce n’est pas pareil ».

 

En deux mots la journée n’en finissait pas de traîner en longueur et notre jeune berger avait depuis longtemps finit les affaires qui l’avait conduit au petit matin jusqu’au marché de ce jour, s’était assis sagement sur la murette qui entourait le pied du tronc du gros tilleul au milieu de la place écrasée maintenant de soleil. Jean-Baptiste n’était pas du genre à boire, assis au comptoir usé de l’auberge. Les yeux mi-clos et la tête légèrement penchée sur le côté gauche il souriait aux anges. Non, pas aux anges. A un ange entrevu vendant ses œufs et quelques légumes le matin même, là presque à l’endroit où il se tenait lui même maintenant.

Les premiers sons des musiciens accordant leurs instruments, tirèrent Jean-Baptiste de sa douce rêverie. Il étira ses longs bras musclés et se leva dépliant l’une après l’autre ses jambes un peu engourdies par l’immobilité. Il n’avait pas l’habitude de rester ainsi des heures entières sans bouger.

Les premières notes aigrelettes commencèrent à faire sortir danseurs et danseuses de tous les coins de la place. Ils étaient tels de vagues fantômes surgissant des zones d’ombres qu’étaient rues et ruelles à peine éclairées à cette heure du jour. Le soleil était en train dans un ordre immuable de laisser sa place à une belle lune montante. Une lune bien claire et pas tout à fait ronde.

Femmes et hommes, jeunes et vieux, se tenant par la taille, ou par la main surgissaient de toute part. Certains étaient déjà en train de danser. D’autres plus timides hésitaient encore. Peu à peu les couples s’étaient formés. La musique aidant, on pouvait sentir jaillir une certaine exubérance bien méritée pour ces hommes et ces femmes – pour qui les occasions de se détendre étaient rares. Et puis c’était le 14 Juillet. La journée avait été caniculaire, on sentait monter du sol la fraîcheur régénératrice de la nuit.

 

Jean-Baptiste avait du mal à regarder dans toutes les directions de la place. Tout à coup, il la vit. Elle était encore plus jolie que le matin. Elle n’était pas belle, elle était jolie. Aux yeux du jeune homme, il y avait une différence entre jolie et belle. Enfin, c’était lui qui s’était donné cette définition. Il trouvait Savéria jolie. Il ne la trouvait pas belle. Elle était jolie, parce qu’elle alliait en une seule et même personne, la grâce de la pureté des traits et de la détermination morale.

Elle traversa la place d’un pas léger, non pas léger, aérien. Ses pieds semblaient ne pas toucher le sol poussiéreux. Elle s’arrêta juste devant l’estrade où s’étaient installés les trois musiciens.

Prenant son courage à deux mains Jean-Baptiste s’avança vers elle. Elle presque instinctivement, comme si une voix lui avait soufflé de se retourner, fit face au berger. Ils furent troublés, tous deus deux de se découvrir ainsi de si près. Presque à se toucher. Ils se souriaient. Ce 14 Juillet 1830 resterait gravé à jamais dans la mémoire des deux jeunes gens.

 

  • « Voulez-vous m’accorder cette danse demoiselle, je m’appelle Jean-Baptiste Delmieri et je suis berger dans le Montessoro ? »

 

Jean-Baptiste avait prononcé sa phrase d’un seul trait. Sa voix était douce et légèrement rauque. Savéria en fût encore plus troublé. Elle se dit que ce jeune homme, décidemment était bien séduisant.

 

  • « Ce sera une joie, Monsieur de danser avec vous ».

 

Ainsi ils dansèrent toute la nuit, jusqu’à n’en plus pouvoir et ne se quittèrent plus jamais.

Celles et ceux qui trouvèrent que ce n’était pas correct de leur part, de vivre ainsi ensemble sans être passés devant monsieur le curé en furent pour leurs frais. Les deux jeunes gens étaient trop sûrs de leurs sentiments réciproques pour y prêter la moindre attention.

Tant pis pour les ragots. C’est tout.

 

Tout ce qu’il advint de leur intimité par la suite, ce soir là et même au-delà de cette première rencontre, je ne vous en dirai pas davantage. Je n’aime ni les indiscrétions, ni les racontars.

 

Avant de poursuivre plus loin mon récit, sachez que Savéria et Jean-Baptiste furent tellement heureux que les envieux, les petits esprits, les jaloux et les mesquins de toutes sortes ne manquèrent pas durant toutes les années que dura leur vie commune. Ils donnaient plaisir à voir, mais pourtant ??

 

Seuls chacun de leurs côtés, ils étaient l’un et l’autre des exemples à suivre dans tout le pays, dès lors qu’ils se fiancèrent et ensuite se marièrent d’ailleurs sans ostentation, cette exemplarité s’en trouva décuplée.

A l’occasion de leur mariage un peu plus d’un an après leur rencontre, le 3 Août1831, Ange que sa sœur avait pu prévenir assez tôt fût le témoin de son beau-frère et son épouse celui de Savéria. Quand à leurs deux filles, habillées de neuf ils firent de merveilleuses demoiselles d’honneur.

 

Ainsi Savéria Orsoni devint Madame Delmieri devant Dieu et devant Monsieur le maire, mais elle souhaita garder son nom de jeune fille accolé à son nom d’épouse. Pas par coquetterie, mais pour honorer la mémoire de Toussainte sa sainte mère. De fait jamais personne ne l’appela ainsi. Delmieri Orsoni serait à jamais son nom d’épouse sur la papier. Mais pour ses proches, ses enfants, ses amis (es) elle resterait à jamais Savéria Orsoni la fille de Toussainte Orsoni qui avait épousé le berger du Montegrosso Jean-Baptiste Delmieri. Celui-ci n’en voulut jamais à quiconque de ne pas appeler son épouse par son nom Delmieri Orsoni. Il l’aimait trop et ce n’était pas le nom qui y était pour grand chose.

 

Le vieux curé Araghelli, tremblotant et perclus de rhumatismes les maria à Ste Restitude la chapelle en dehors du village sur la route de Zilia. Il fût secrètement très ému de voir que Savéria avait fait un bon choix en la personne de Jean-Baptiste Delmieri. Ces deux là feraient une belle famille.

 

A la noce, il y avait aussi Sauveur Piscien. Quand il avait su que Ange et sa famille serait de la fête, il n’avait pas hésité une seule seconde pour répondre positivement à l’invitation de Savéria et Jean-Baptiste.

Les retrouvailles entre le jeune charpentier ébéniste et le vieil homme furent très émouvantes. Le docteur Salvodelli avait mis à la retraite de son emploi de gardien de la propriété le vieil ours bougon en lui permettant de rester dans le logement de fonction à l’entrée du parc. Il ne put retenir les larmes en serrant Ange dans ses vieux bras noueux. Ange, lui se retint de toute expression, mais on sentait bien que des centaines de souvenirs lui revenait à la mémoire.

Tout au long de la soirée Sauveur joua à l’ogre avec les deux enfants de Ange.

Faisant mine de les attraper pour les croquer tout crus, il provoquait des cascades ininterrompues de rires et de cris résonnant dans le tout petit jardin de la fille de la lavandière et de son berger de mari.

La mère et les frères et sœurs de Jean-Baptiste avaient décliné l’invitation au mariage, malgré l’insistance toute empreinte de respect de Savéria. Elle lui avait fait comprendre, que leur maison était trop loin du village et qu’en plus leurs moyens ne leur permettaient pas de s’habiller de neuf pour cette occasion. Savéria qui n’avait pas toujours connu qu’une certaine aisance matérielle, pour ne pas une certaine prospérité n’insista et elle s’attacha à consoler son futur époux qui bien qu’il ne le montre pas en était profondément affecté.

 

Avant son mariage avec la belle Savéria, Jean-Baptiste vivait avec sa mère et ses quatre frères et sœurs, à la ferme dénommée « u cignale ».

 

Jean-Baptiste était un dur au labeur. Il était l’aîné d’une famille de cinq enfants, allant de vingt sept à douze ans – deux filles et trois garçon, en le comptant lui. Son père ayant été victime du mauvais sort dans des circonstances restées mystérieuses, il se devait d’aider sa mère à subvenir aux besoins de toute la maisonnée.

 

Après la mort de son père Jean-Baptiste ne voulant pas suivre le mauvais sentier qu’avait emprunté celui-ci se réfugia dans les travaux que nécessitait la ferme qu’il lui avait laissé. Avec l’aide de deux ou trois amis, soigneusement choisis il redressa presque toutes les murailles de pierres sèches clôturant les champs arides et pentus. Et si l’on connaît un peu ce pays, encore aujourd’hui, on peut y observer des vestiges de ces clôtures faites à la main et sans liant d’aucune sorte. C’était du bel ouvrage. Il tailla, planta ses arbres, entretins les chemins, cura les fossés bordant la ferme. Il sema quelques arpents de céréales, blé noir et seigle. Il remonta aussi le four à pain que son père, homme fait de violence avait complétements laissé à l’abandon, préférant mener le trouble, arquebuse au poing.

 

Jean-Baptiste encore jeune adolescent, avait trop souvent entendu pleurer sa pauvre mère la nuit, enfermée seule dans la minuscule chambrette. Jamais, il ne mettrait ses pas dans les pas de ce père là. Il devint farouchement opposé à toute forme de violence et fuyait de toutes ses forces toutes sortes d’affrontement. Non, il n’avait pas peur. S’il l’avait fallu, taillé comme un chêne qu’il était, il aurait pu s’il l’avait voulu, lui aussi faire le coup de poing et même plus grave encore. Sans porter aucun jugement, il ne voulait pas finir comme son père. Sa mère et ses frères et sœurs avaient besoin de lui. Il avait acquis devant cet exemple néfaste de violence, de coups, de sang versé, jusqu’au décès de son géniteur des convictions profondes. On ne bâtit pas la vie, autour de soi en distribuant la mort et le chagrin.

Petit à petit, il avait construit sinon une belle propriété, mais un lieu qui lui permettrait grâce à la volonté et au travail, beaucoup de travail de nourrir lui et les siens.

Il avait lentement, mais sûrement constitué son troupeau de brebis et de chèvres, acheté une vache pour le lait des petits, et les succulents gâteaux à la farine de châtaignes que fabriquait sa mère. Le sommet de sa réussite fût l’achat d’un cheval qui lui permit de se rendre au bourg de Lumio, vendre les produits de son travail et de celui de sa mère qui tenait un petit potager à l’angle de la maison d’habitation. Avant que Ange le frère de Savéria ne parte sur le continent accomplir son tour de France de compagnon menuisier, celui-ci l’avait aidé à fabriquer une solide charrette qu’il attelait au cheval.

Bref, ce n’était pas la fortune, mais Jean-Baptiste le berger du Montegrosso et les siens ne mourraient pas de faim et lui pourrait, déjà malgré son jeune âge être fier du chemin parcouru et surtout de la manière droite et sans faille qu’il l’avait parcouru. Il faisait honneur à sa mère et à son île. Le reste ne l’intéressait pas.

 

Son frère Dumè plus jeune de presque sept ans n’avait pas la force physique à seconder aussi efficacement leur mère que lui. Il avait choisi de travailler le cuir et s’était installé dans une échoppe non loin de chez Savéria comme cordonnier/sabotier. Petit à petit étant très habile de ses doigts il avait acquis une solide réputation de sérieux, lui amenant une très bonne clientèle.

 

Les trois autres petiots partageaient leur temps, à jouer, courant les bois et les champs, et à accomplir quelques menues tâches soulageant ainsi leur pauvre mère. Jean-Baptiste aurait aimé qu’à l’image de Savéria et de Ange son beau-frère, lorsqu’ils étaient encore enfant puissent eux aussi apprendre à lire et à écrire, auprès du vieux curé Araghelli. Mais celui-ci devenu bien vieux n’avait pas voulu prendre cette charge de travail sur ses vieilles épaules voûtées par les ans. Il disait en haussant les épaules dans un mouvement de résignation qu’il ne pouvait plus faire ce travail là. Même seulement pour du latin de messe. Et puis les petits frères et sœurs de Jean-Baptiste habitaient trop loin du village.

 

Jean-Baptiste se disait l’école sera obligatoire pour toutes et tous, sans distinction, ni de classes sociales, ni de sexe. Filles et garçon à égalité de traitement et de reconnaissance humaine pourront ainsi étudier. Et pas que le Latin des Saintes Ecritures et des « répons » des messes. Un jour ce ne sera plus le curé qui instruira les enfants, un jour il y aura des hommes et même peut-être des femmes dont ce sera le métier. J’en suis sûr. Tout en étant convaincu de ce qui lui paraissait comme une évidence, il se gardait bien de parler de ces choses avec quiconque. A part quelques fois avec sa chère Savéria. Dans ces cas là elle lui intimait presque l’ordre de se taire ou tout du moins de parler plus bas. Certes Jean-Baptiste n’était pas un virulent, mais certains sujets de ce style, lui faisaient hausser le ton.

 

Savéria mit au monde l’aîné de ses trois enfants peu de temps après son mariage, le 15 Septembre 1831. Son état de grossesse n’avait été perçu par personne. Ou bien nul ne se serait hasardé à faire un quelconque commentaire sur celui-ci. Mais la naissance du nouveau-né ne manqua pas de faire jaser les mauvaises langues. Savéria et Jean-Baptiste n’y prêtèrent aucune attention. Si jamais enfant au monde était né de l’amour entre un homme et une femme, c’était bien celui-là. Ils baptisèrent ce beau garçon du même prénom que son père et lui donnèrent aussi le prénom du frère de Jean-Baptiste, Dumè. C’est celui-ci qui fût le parrain. Ils demandèrent à la mère de Jean-Baptiste d’en être la marraine. Celle-ci folle de joie, accepta bien volontiers. Le curé Araghelli baptisa l’enfant. Ils firent une petite fête en famille à « U cignale », à laquelle s’ajouta Sauveur et le vieux prêtre.

 

 

 

 

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Chapitre IV.

 

Mort du curé Araghelli.

 

 

Un jour brûlant de l’été le vieux curé Araghelli quitta cette terre, et nul ne douta qu’il siégeait maintenant au plus haut des cieux. Tout le pays accompagna silencieusement le vieux prêtre, derrière son cercueil de bois blanc posé sur le plateau de mal équarris de la vieille charrette du fossoyeur suivi par toute la confrérie du village à laquelle s’était jointe les confréries de Zillia et celle bien plus importante du bourg de Lumio. Même Sauveur Piscien qu’on ne pouvait soupçonner d’être un de ces dévots qu’il abhorrait tant, accompagna le vieux curé jusqu’au cimetière. Pour ce, il avait revêtu ses plus beaux habits et portait son vieux chapeau de paille, posé légèrement incliné sur le côté. Il marchait s’aidant d’une belle canne à pommeau qu’il s’était taillé et sculpté dans une branche très dure de noisetier. Tout en cheminant lentement presqu’en fin de cortège le soleil tapant dur sur les têtes ralentissant tous ceux qui étaient là, le vieux ancien gardien de la propriété du médecin se demandait quand allait venir son tour et combien y aurait-il de villageois pour suivre son cercueil ?

A la deuxième partie de la question il se dit :

  • « Sûrement pas autant que pour le vieux Araghelli, mais ça m’est bien égal ! Quand à savoir quand eh ben, le plus tard sera le mieux, je ne suis pas si pressé de servir de festin aux asticots ».
  • « Yen a un qui me ferait plaisir s’il était là, même si par Dieu et tous ses Saints, je ne peux pas ni le voir, ni l’entendre, ni lui parler, c’est l’Ange le fils de la bonne vieille Toussainte Ah ! ce p’tiot, m’a fait bien plaisir en devenant ce qu’il est devenu. J’aurai bien pu être son père.

 

A cet instant une petite voix intérieure lui souffla, mais Sauveur tu l’as été un peu son père. Même si ce n’est pas toi qui as enfanté Toussainte. Ah !! Toussainte, Sauveur s’en être ni croyant, ni très porté sur les choses de la religion croyait aux esprits. Il pensait que les esprits des disparus restent auprès des vivants avec qui ils ont eu des relations de bonne intelligence, voire des relations d’amour. Toussainte, il ne le lui avait jamais avoué, mais il l’avait aimé, secrètement mais tout de même…Ce n’était pas rien. Alors il espérait dans le plus profond de son esprit et de son cœur là entre les deux, juste en équilibre qu’il la retrouverait, quand serait arrivé l’heure de quitter la terre de son île tant aimée. Oui, c’était sûr, il la retrouverait ».

 

Telles étaient les pensées de Sauveur Piscien suivant le cercueil du père Araghelli, jusqu’à sa dernière demeure.

 

C’est vrai que Sauveur allant sur ses soixante cinq ans ne faisait pas son âge. Il y avait encore une ou deux veuves au bourg, qui se retournaient discrètement sur son passage, les jours où il descendait au marché. Mais lui n’avait eu que Toussainte en tête et il ne gardait que celle-ci à l’esprit, même qu’elle ne soit plus là depuis déjà quelques années.

Au printemps qui suivit le décès du prêtre, après avoir passé un hiver à peu près sans encombre Sauveur fit une belle chute en revenant de faire du bois, il se cassa les os du bassin et ne put plus jamais remarcher. Il dura encore les trois dernières semaines du mois d’avril. Puis un matin, dans un dernier souffle léger, mais après avoir souffert le martyr sa belle âme s’envola accompagné de tous les chants d’oiseaux du parc de la maison du Docteur Salvodelli.

 

On l’enterra le lendemain premier jour du mois de Mai. Sa tombe était celle juste à côté de celle du curé Araghelli. Seul le vieux Docteur Salvodelli, accompagné de son nouveau gardien Dumè le jeune frère de Jean-Baptiste, Jean-Baptiste et Savéria étaient présents.

Savéria fût très affecté :

 

  • « Décidemment la vie, n’épargne que les sots et les méchants ! ».

 

Dès qu’elle formula cette pensée, en son for intérieur, pensant aussi bien au père de Jean-Baptiste ce méchant homme et à son propre père, ce Joseph dont elle n’avait que quelques vagues souvenirs et dont elle ne savait s’il était vivant ou mort. Elle regretta ces mauvaises pensées et se promis d’aller les confesser au nouveau prêtre que leur avait envoyé l’évêché d’Ajaccio, en remplacement du curé Araghelli.

Il portait le nom de Jean Costa-Meniccioni. Contrairement à son prédécesseur issu d’une famille modeste de Balagne, lui venait de la région de Bastia et ses parents étaient de riches commerçants qui avaient bâtis leur fortune en achetant à des biens Génois toutes sortes – mobilier de bois précieux – tissus et soieries – verreries de Murano, ils les revendaient aux riches familles insulaires. Cela n’avait absolument rien d’illégal. Cependant aux yeux de certains habitants de Corse, ce commerce avec certains habitants de la République de Gène sentait plus ou moins le souffre. Le joug des Génois avait été très lourd à porter pour les habitants de l’île. Aujourd’hui les choses avaient changé et ce jeune Paoli semblait bien décidé à débarrasser la Corse de toutes sortes de tutelle. Pas seulement celle des Génois.

 

Ce tout jeune prêtre frais émoulu sortant du séminaire de Bastia avait un air un peu contradictoire, tout à la fois coincé, timide et tout autant sûr de lui et pédant. Au début son air hautain ne plut pas à Savéria. Mais à la réflexion :

La jeune femme se dit qu’elle n’avait pas à juger les autres, surtout pas un prêtre. Après tout nous sommes toutes et tous avec une double face. Et nous sommes tous équilibristes. Souvent, d’ailleurs au moment où nous nous y attendons le moins un faux pas que nous attribuons aux autres nous fait chuter de sur notre fil.

 

Aussitôt la nouvelle du décès du « Sauveur », elle fit une petite lettre de son écriture minuscule et très appliquée, à son frère Ange, qui hélas ne pût être là pour l’enterrement. Celui-ci maintenant installé dans les Cévennes retrouvant les origines de Joseph, son père lui répondit qu’il était très attristé et qu’il lui promettait de se rendre sur la tombe du gardien dès qu’il viendrait en Corse, pour visiter sa sœur et son beau-frère.

 

Dumè Delmieri ne parvenant pas à vivre correctement de son travail de cordonnier/sabotier avait accepté bien volontiers de servir le Docteur Salvodelli. Il avait aménagé, lui et son chien dans une des nombreuses dépendances de la maison du médecin devenue trop grande. Aidé de son frère il avait transporté ses quelques meubles et ses outils sur la vieille carriole de la Toussainte la mère de Savéria. Voyant qu’il regardait ce vieux moyen de transport avec envie, Jean-Baptiste après en avoir parlé avec sa femme, lui dit :

 

  • « Tu peux la garder, nous n’en faisons rien et en attendant que tu puisses en fabriquer une autre au moins elle te dépannera – dès que j’aurai fini avec les céréales, je viens t’aider, soit à restaurer celle là, soit à en fabriquer une de toute neuve».
  • « Oh !!! Merci, merci trois fois merci mon cher frère, tu vas voir je vais la restaurer et elle sera comme neuve et puis n’oublie pas de remercier ta chère épouse. Tu sais tu as bien de la chance d’avoir une femme comme elle ».
  • « Je sais bien Dumè, je ne manquerai pas de la remercier pour toi. Tu sais toi aussi tu vas rencontrer une jeune et belle fille et vous serez heureux, et vous vous marierez et vous aurez des enfants. Il n’y a aucune raison pour que cela n’arrive pas – regarde-nous. Tu devrais aller au bal plus souvent, ou bien sortir aller chanter avec les autres gars du village. Les filles aiment bien les gars qui chantent et tu as un beau brin de voix. Ou bien pourquoi, ne vas-tu pas à la confrérie Saint Erasme, là tu pourrai apprendre encore mieux à chanter en polyphonie ? »
  • « Tu sais Jean-Baptiste moi c’est pas pareil que pour toi. Toi tu es grand et bien fait de ta personne et puis tu sais parler aux filles. Moi, je suis pataud et je bafouille, je rougis dès qu’une fille me regarde. Je suis trop timide ».
  • « Ecoute mon frère, au prochain bal du bourg de Lumio, je vais t’accompagner. Je demanderai à Savéria de venir aussi. Dans les jeunes femmes qu’elle connaît, il doit bien y en avoir une que tu puisses marier. Qu’en dis-tu ? »
  • « Bon je vais y réfléchir de mon côté. Du tien parles en à Savéria et nous en rediscuterons la prochaine fois que je viens souper chez vous. Il y a longtemps que je n’ai pas vu mon filleul. Je l’aime bien ton fils. Il est d’une bonne nature, comme sa mère. Allez, vas-y maintenant ne te retardes pas. Embrasse Savéria et ton p’tiot pour moi ».

 

Les journées de labeurs s’enchaînaient aux journées de labeurs. Rares en ce temps là, étaient les moments de détentes et de « loisirs ». Je ne crois pas que ce mot d’ailleurs soit encore entré dans le langage.

Savéria, femme courageuse et vaillante à l’image de ce qu’avait été sa mère. Mais Savéria joyeuse et enjouée aussi. Avec ses trente six ans ou trente sept ans, elle restait extrêmement jolie. Fraîche et riant à la moindre occasion.

Un jour du début d’Octobre 1833, je crois que c’était le trois, Savéria accoucha d’une petite fille qu’ils baptisèrent Laura, Colomba. Jean-Baptiste était aux anges. Pendant plusieurs jours il ne cessa de parler de cet enfant, tout autour de lui.

Il passait des heures à prendre l’enfant dans ses bras et il la contemplait en souriant. Secrètement il se dit qu’il ne la laisserait jamais partir de la maison, et qu’il réglerait son compte à celui qui voudrait la lui prendre. Il espérait de toutes ses forces que Laura aurait la même bonne humeur, la même joie de vivre que sa maman.

Mais le travail très vite s’imposa à nouveau au berger d’ « U cignale ». Jean-Baptiste très courageusement faisait presque double journée de travail. Se partageant entre la ferme de sa mère et son propre travail de berger, destiné à nourrir sa famille.

 

De plus redoublant de volonté, il s’était mis en devoir de planter avec des vignes deux parcelles de terres entre le village et Zilia, qu’il avait prises en fermage. Avant d’assurer la plantation des jeunes ceps, il avait fallu nettoyer ces parcelles abandonnées depuis longtemps. Pour cela deux amis bergers l’avaient aidé. Les souches des arbres abandonnés s’étaient montrées récalcitrantes. Mais à force de volonté et de sueur versée, ils y étaient parvenus.

 

Deux vieux de Zilia que j’ai interrogé avant de me lancer dans mon récit, m’ont affirmé l’air très sûr de ce qu’ils me disaient que c’était les premières plantations de vignes qui donneraient plus d’un siècle et demi plus tard le domaine d’Alziprattu.

Je n’ai pas voulu vérifier, préférant accepter cette belle histoire. De toute façon ce vin là pouvait bien être le fruit du travail remontant si loin en arrière, vu qu’il était bien gouleyant en bouche et mettait encore aujourd’hui, bien des esprits en joie.

Vous vérifierez si vous en avez envie. Moi j’aime les contes et c’est tout.

 

Donc les journées de Jean-Baptiste Delmieri berger de son état, ne manquait pas d’occupation. On le voyait rarement les mains inoccupées. Il courait de la ferme de sa mère à ses vignes et de ses vignes aux pâturages où paissaient se brebis. Pour aller d’un endroit à un autre, il passait en trombe sur son cheval lancé au galop. Toutefois, il ne manquait jamais la moindre occasion de s’arrêter chez lui, pour déposer un baiser sur les lèvres toujours fraîches de son épouse, ébouriffant aussi au passage les cheveux en bataille de son fils aîné et prenant même le temps de prendre dans ses bras sa petite Laura.

 

Savéria et Jean-Baptiste étaient heureux et cela se voyait. C’est tout.

 

De loin en loin Ange le charpentier devenu Cévenol, donnait des nouvelles. Il s’était bien adapté à la vie des montagnes de là-bas. Il avait beaucoup de travail. Les charpentes demandant en ce temps là beaucoup plus de temps pour chacune d’elles, qu’aujourd’hui. Sa femme et ses trois filles, allaient elles aussi très bien. Tout ce petit monde poussait, droit et sans trop de problèmes. Ange était devenu un peu plus loquace qu’à son départ de sa chère île natale. Parfois, il regrettait de ne pas être rentré au pays. Mais ce n’était pas le genre de la famille Orsoni de vivre longtemps sur des regrets. Son épouse l’aimait, il aimait son épouse et ses filles et surtout il faisait le métier dont il avait toujours rêvé enfant. Il avait une très bonne réputation dans le pays et les clients lui faisait absolument confiance, malgré sa tête de « bandit Corse » que démentait et sa voix douce et posée et ses gestes mesurés.

Chacune des lettres qu’il adressait à sa sœur en lui racontant leur vie, la rassurait et l’émouvait en même temps. Elle se disait que malgré la distance qui les séparait l’amour fraternel serait toujours là. Pour cela peu importait le nombre de kilomètres.

 

A suivre...

 

 

 

 

Le voyage de Savéria Orsoni

Rémy Ducassé dit Erde —
SAVERIA ORSONI...

SAVERIA ORSONI...

Dédicace particulière - à Henri Piasco.

Simplement pour ce qu’il est. Les mots me manquent, et la pudeur m’impose le silence de peur de trop en dire.

 

LE VOYAGE DE SAVERIA ORSONI.

 

 

Sommaire :

Préface - Chapitre I et Chapitre II

 

Préface.

 

L’histoire que je vais vous conter, n’est pas tout à fait que le fruit de mon imagination. Elle a été déterminante pour l’Amour que j’éprouve pour les Corses et leur île. Je la tiens presque pour rigoureusement authentique.

De toute façon, moi seul pourrait dire si c’est vrai ou pas.

 

Alors… ??!!

 

Il y a une quinzaine d’années de cela, j’étais en train de découvrir cette région du milieu des eaux. Ces eaux bleues, mais pas toujours. Ces eaux tranquilles et calmes, mais pas toujours.

A cette époque là je venais visiter mon fils et sa famille. Ce n’était pas toujours aisé. Je voudrai profiter de ce récit pour remercier ici, l’accueil matériel et amical que m’ont toujours réservé la famille de la mère de mes petits enfants dans son ensemble.

Peu importe qu’aujourd’hui les liens et les relations aient changé.

Mon vœu simple et modeste, que vous m’accordiez quelques instants de votre attention, pour parcourir ces quelques lignes.

Voici ce qu’il en est.

 

Santa Reparata di Balagna, le 29 Mai 2008.

Il va y avoir dans quelques jours un an que je réside ici en Corse. Je suis arrivé quelque peu démonté, exactement le 7 Juin 2007. Ce n’était pas ainsi que j’envisageais de venir vivre ici, pour finir ma vie et durant le dernier bout du chemin qui me restait à parcourir, pour y voir grandir mes deux Amours – Manon et Téo.

 

Bref !!!

 

J’écris et c’est ça qui me sauve. Je ne suis pas ou presque pas à la charge de mes semblables. Je travaille, j’occupe mon temps entre mon travail à l’école de Musique de Calvi U Timpanu (prononcer U « D »impanu), et l’écriture. Là au creux de mon appartement perché tout en haut du village. Je devrais plutôt dire ma cave exiguë qu’appartement.

Si vous saviez comment j’ai eu du mal à prononcer correctement ce nom U Timpanu. Cela m’a valu maintes et maintes moqueries. Peu importe j’y suis aujourd’hui parvenu. Tant pis si je n’ai plus trop souvent l’occasion de montrer une maîtrise presque parfaite de la prononciation de ce simple nom. Simple et quasiment unique dans mon vocabulaire de la langue Corse.

 

La photo est là, posée juste devant moi sur le bureau à côté de mon ordinateur. Je ne sais de qui elle est le portrait. Je l’ai découverte en faisant du rangement dans une armoire de U Timpanu (où j’ai été embauché pour assurer la gestion).

Revenons à cette photo. Elle est d’un format totalement inhabituel – comme si quelqu’un l’avait débarrassé tout autour de la personne qu’elle représente de tout autre personnage ou d’un quelconque décor réducteur pour l’imaginaire.

Le personnage qui figure sur ce carré de quelques centimètres de côté, légèrement cartonnés et de couleur sépia, est une « vieille femme ». Pas le portrait en pied d’une « vieille femme » non, juste le visage pris de trois quarts. Juste ce qu’il faut pour lui donner encore plus de vie dans l’expression.

Attendez, ne partez pas je l’observe encore une fois. Cela fait plusieurs semaines que je la vois. Elle me fascine.

Sa tête est recouverte d’un fichu qui lui descend jusqu’au épaules. Il devait être noir. Enfin là c’est mon imagination qui s’active. Célina ma grand-mère maternelle, ainsi que Catherine ma grand-mère paternelle portait en hiver ce genre de pèlerine.

Vous voyez qu’il n’y a pas tant de différence entre ma région natale et cette île que l’on décrit comme farouche et sauvage.

Le regard de la « vielle femme » au fichu vient totalement contredire cette réputation. Malgré un nez long et aquilin qui lui coupe la figure nettement en deux, malgré les pommettes saillantes et les yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, ce visage m’inspire tout à la fois bonté et fermeté de caractère. Sans doute ces minuscules et brèves rides y contribuent t’elles quelque peu également.

Ces rides sont celles des gens qui ont vécus au grand air et ont travaillé dur, exposés à la pluie, au froid, au vent et à la chaleur parfois torride du soleil. Des gens comme l’on n’en voit plus guère dans nos pays. Même ici, ils se sont fait rares.

Ce côté volontaire est nettement accentué par le menton proéminent. La lèvre supérieure très mince à l’opposé de la lèvre inférieure peut me laisser penser que c’est ce que l’on appelle encore aujourd’hui une « taiseuse ».

De ces gens à qui rien n’échappe lorsqu’ils vous regardent, mais qui parlent peu et ne partagent que rarement le fruit de leurs pensées. Pas de bavardages inutiles.

Le regard haut et droit affiche sur l’image une grande douceur, presque de l’Amour à l’état pur.

Ces yeux là me rassurent sur la qualité du personnage dont je vais essayer le plus sincèrement possible de vous raconter une petite, toute petite partie de la vie.

Je n’aurais pas pu vous parler d’une femme dont l’expression eut reflété la moindre once de méchanceté.

Dépassant du fichu, partagés par une raie marquant une ondulation toute féminine malgré l’âge avancé de la « vieille », des cheveux blanchis me rassurent aussi sur la bonté et la beauté naturelle de cette âme. Ouf !! Qu’aurai-je pu partagé d’elle s’il n’en avait été ainsi ?

Il va falloir que je la baptise. J’en demande d’avance pardon, si par un immense hasard un de ses héritiers la reconnaissait en lisant dans le plus grand des hasards ces lignes.

 

J’ai longtemps hésité pour lui accorder un nom, un prénom et une date de naissance. Mais voilà c’est chose faite.

Je ne suis pas sûr que l’usage du verbe accorder soit le bon. A ces personnes on n’accorde rien, ce sont elles qui nous font don de leurs exemples, et la plupart du temps c’est sans d’immense démonstration. Ni verbales, ni physiques. On les voit, on les contemple, on les observe et ce qu’elles pensent, ce qu’elles inspirent s’inscrit à jamais dans nos cœurs et dans nos esprits. Point n’est besoin qu’elles parlent. Elles sont rares. Elles sont donc précieuses.

 

 

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Chapitre I. L’enfance.

 

Elle s’appelle Savéria Orsoni. Savéria Orsoni est née le 23 Octobre 1806.

 

Sa mère Toussainte femme forte l’a élevée toute seule. Enfin, quand je dis toute seule, pour être exact, fidèle à la vérité, Toussainte n’était pas seule dans la vie.

Le père naturel de Savéria n’avait pas reconnu l’enfant. En ce temps là mettre un enfant au monde sans père, c’était sans doute ce qu’il y avait de pire au regard des proches, mais surtout à celui du voisinage. J’ai ouï dire que des femmes seules pouvaient être rejetées totalement par leurs parents et leurs frères et sœurs, sans aucun scrupule ou états d’âmes. Cela se produisait parfois même au nom de la religion.

Mais Toussainte n’était pas femme à s’en laisser compter. Ni à se laisser démonter par toutes les mauvaises langues qui ne cessaient de s’agiter sur son compte, tout autour d’elle. Particulièrement dans son dos.

Elle avait accouché de ce premier enfant, réfugiée chez une de ses meilleures amies qui l’avait prise en affection. Ensemble elles avaient vécues comme deux sœurs, partageant tout à la fois, les peines et les joies, pleurants au unes et riants aux autres. C’est ainsi que survivent certaines femmes, quand les autres les rejettent sous l’influence des « hommes trop sûrs d’eux » ou sous celle des « religieux », harnachés sous le joug de leur soi disant bon Dieu.

Toussainte n’était pas une impie, mais elle savait bien voir où était le mal et le bien, quand elle le voyait passer devant elle même sous une jupe pimpante et des dentelles immaculées. Ou bien encore lorsqu’elle l’entendait dans la bouche étroitement pincée d’une tête cauteleuse en haut d’un corps décharné comme un jour sans pain, sanglé dans un habit noir, lustré et usé jusqu’à la corde. Ici, les représentants du ministère religieux, n’était riche que du peu de latin qu’ils avaient appris, juste là pour servir la messe et tenir serrés leurs ouailles. Ces mêmes ouailles, elles ne sachant ni lire, ni écrire et à peine compter.

 

Toussainte croyait en Dieu, mais pour elle ce Dieu ne pouvait être qu’un Dieu d’Amour.

 

Les riches confiaient leurs richesses grandes ou petites à un « notaire, plus ou moins honnête ». Il y avait déjà en ce temps là des hommes faisant profession du droit dépourvus de tout scrupules.

 

Dans cette île loin du continent comme ils disent, les mauvaises langues comme partout sur toute la surface du globe, peuvent faire beaucoup de tors et de mal. « Les poutatches » c’est ainsi qu’on les nomme en Corse allaient bon train à cette époque. Au village, tout le monde connaissait tout le monde et il était bien difficile pour deux jeunes gens très épris l’un de l’autre, de s’aimer sans rien laisser paraître de leur amour.

Il fallait être du même milieu social, du même bord politique, et avoir des biens à peu près équivalents. Le père de Savéria n’était aux yeux de l’opinion qu’un aventurier venu du continent. Les jeunes gens comme lui n’étaient pas les bienvenus.

Il avait débarqué en Balagne avec une horde d’autres jeunes aventureux venus chercher un meilleur sort que celui que leur réservait la vie, au fin fond des rudes montagnes des Cévennes.

A cette époque il n’était pas de bon ton de vouloir de force échapper à la conscription, obligatoire.

Qu’elle drôle d’idée leur était passée par la tête de venir s’échouer sur les côtes de cette île, dont on ne savait rien ou pas grand chose. A part qu’elle avait fait l’objet de multiple tentation de la part des Républiques Italiennes et de la France tout juste émergeant de la totalitaire royauté.

 

Mais Joseph ignorait tout ou presque de tout cela.

 

Joseph père de Savéria, lorsque celle-ci vint au monde - avait à peine vingt ans. Il était sec et noueux de la tête aux pieds. Sec, mais fort bien fait de sa personne et l’esprit vif autant qu’un renard roux des bois. Le poil dru et brun et la barbe rude malgré son tout jeune âge. Lui même ne sachant pas comment échapper à la vindicte permanente de son père, le cœur meurtri par son veuvage, avait délibérément choisi de fuir tout à la fois ce père violent et ce pays ingrat.

Après la naissance de la petite, Joseph et Toussainte avaient vécu quelques mois ensembles.

Juste le temps pour Toussainte de se relever de ses couches et de retomber enceinte. Lorsqu’elle annonça à son homme non reconnu par la communauté du village connu seulement de son cœur et son corps - qu’elle était enceinte à nouveau, celui-ci s’en alla sans un regard. Sans dire où il allait. On ne le revit jamais. Les bruits les plus divers et les plus fous, les plus invraisemblables ont courus sur son sort. Je n’en sais pas davantage, donc je n’en écrirai pas un mot de plus. Hélas, pour le côté haletant de mon récit. Bien sûr je plaisante. Ici depuis le début de mon histoire, point de « suspens » comme l’on dit.

Neuf mois après Toussainte, mit au monde un adorable bébé de sexe masculin qu’elle baptisa Ange.

Ses enfants porteraient tout deux le nom d’Orsoni. Son nom, puisque Joseph leur père s’était enfui, sans reconnaître sa progéniture. Il l’avait laissé quelques jours seulement un peu désemparée. Très vite sa force de caractère et sa volonté avaient repris le dessus.

 

Savéria et Ange nés à si peu de temps l’un de l’autre, grandirent élevés avec beaucoup d’amour et de fermeté dans une grande complicité réciproque. A les regarder rapidement l’un à côté de l’autre, on aurait pu facilement les prendre pour deux jumeaux.

Je dis bien regarder rapidement. Car si l’on s’attachait à les observer de plus près, comme pouvait le faire leur mère ou Octavia leur nourrice, on pouvait voir que Savéria était plus téméraire et plus souriante que son frère. Il y avait là, une sorte de paradoxe naturel. Sans doute un mélange du caractère un peu fou et solitaire du père et la ténacité, assortie à la prudence de la mère.

 

Mais n’en est-t-il pas ainsi de tous les caractères humains ? N’en est-il pas ainsi partout sur toute la surface variée de la planète « Terre » ? N’en est-il pas ainsi pareil depuis la nuit des temps, depuis la première aube du premier enfant ?

 

Très tôt Ange pris le goût du travail manuel.

Il s’efforçait de ses petites mains malhabiles à construire des charrettes de bois en « miniatures » qu’il essayait mais en vain d’atteler au chat de la maison, mais également à tous les chats du voisinage. Cela se finissait toujours de la même manière, des miaulements stridents d’un côté et des pleurs et reniflements liés aux incontournables griffures des mistigris effarouchés de l’autre, sur la chair tendre de l’enfant.

 

Savéria, en future femme accomplie seconda très tôt sa mère du mieux qu’elle le pouvait.

Elle avait appris sans barguigner à laver la lessive, frottant torchons, serviettes et draps de lits avec toute l’énergie de son âge. Ne craignant pas de plonger ses mains à la peau encore enfantine dans l’eau glacée du lavoir en contre bas du village.

Elle donnait à manger aux quelques poules de la basse-cour, ramassait leurs œufs. Sans oublier de nourrir les lapins, de récurer leurs cages, de traire la chèvre seule véritable fortune de la famille.

Elle étendait le linge et le ramassait une fois sec. Commençait à savoir bien repasser, faisait un peu de ravaudage. Les chaussettes de son frère et quelques bas d’hiver d’elle-même ou de sa mère n’avaient presque plus de secret pour ses doigts habiles. Bien sûr parfois elle se piquait, et une perle de son joli sang vermeil venait éclore coquelicot éphémère au bout de son pouce, une petite succion et très vite la douleur devenait un vil souvenir, une de ses petites blessures de la guerre entre les instruments récalcitrant et les petites mains apprenties. Elle finissait sa journée un peu fatiguée, se couchait tôt comme les poules - lui disait sa mère en la taquinant. Au petit jour elle se levait déjà une chanson légère au bord de ses lèvres fraîches comme la rosée du matin et un sourire enjôleur au coin de ses yeux noisettes.

 

Savéria, tout le village autour d’elle s’accordait à le dire avait l’humeur égale et joyeuse.

Lorsque l’âge viendrait, bienheureux le garçon qui la marierait.

Ce qui se disait à ses onze ans, s’avéra véritable à ses dix neuf, et même au-delà.

Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’heure, cela suffisait d’enfiler les jours après les jours comme un joli petit collier de perles colorées autour du cou de sa mère courage.

C’est ainsi que Savéria apprenait elle aussi la vie. Elle était heureuse et rendait heureuse le monde tout autour d’elle. C’est tout.

 

 

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Chapitre II. A la découverte du monde.

 

La sœur et le frère apprenaient à lire et écrire auprès du père Araghelli, le vieux curé du village.

Celui-ci n’était ni un grand savant, ni un très bon pédagogue. Il pensait néanmoins qu’il valait mieux deux enfants sachant lire les Saintes écritures que deux enfants analphabètes. Ses convictions professorales s’arrêtaient là. Chez Toussainte on parlait couramment la langue Corse à laquelle venaient se mêler quelques mots de la langue Occitane, elle-même mêlée d’un peu de Français. Ces rares mots Français et expressions Occitanes, Toussainte les avait retenues de sa relation avec Joseph.

Le pauvre Araghelli quand a lui, n’aurait pu rien transmettre de plus, même avec la meilleure volonté de la terre, le prêtre n’en savait pas plus que le latin des évangiles et celui des « répons » de la messe. La plupart du temps, il vivait chichement de la quasi charité de ses paroissiens.

Il se lavait rarement ou pour être plus précis, à peu près tous les quinze jours en petit et deux fois par an en grand. A Pâques il soupait le soir chez Toussainte, à Noël il réveillonnait chez maître Rocalli le notaire du bourg de Lumio. C’était là les deux jours de lavages en grand.

Le notaire envoyait son landau attelé personnel, quérir le vieux prêtre. Et celui-ci repartait de la même manière le lendemain matin, après avoir bénéficié des largesses du notaire, aussi bien en terme de victuailles, que d’espèces sonnantes et trébuchantes contenues dans une grosse bourse de cuir que le curé fourrait au plus profond d’une poche qu’il pensait secrète sous sa soutane élimée.

Toussainte et Savéria si nécessaire recousaient bien dévotement les petits boutons noirs de sa soutane. Et c’est tout. Nul n’en pourrait dire plus que moi, et nul ne souhaitait en savoir davantage, sur le prêtre. Il y avait entre l’homme d’église et les habitants du village, une certaine distance, tout à la fois physique et de paroles. Cet homme demeurerait bien mystérieux tout au long de son existence, rude et simple.

Bientôt Savéria sût lire couramment sans ânonner et Ange maîtrisa parfaitement les premières notions de calculs, à savoir additionner, soustraire et multiplier les chiffres que le bon père quoiqu’un peu trop rigoureux aux yeux du garçonnet avait su lui apprendre.

Ange eut plus de mal que sa sœur pour apprendre la lecture. Ces tracés aux formes bizarres sur le papier de la bible du vieux curé, l’impressionnaient, le laissaient souvent muet. Savéria était tenté, bonne fille qu’elle était, de lui souffler la réponse, mais la main rugueuse du prêtre alors s’élevait dans un geste impérieux lui intimant le silence. Quand à l’écriture, il faudrait attendre qu’il soit en apprentissage, pour qu’il parvienne à en acquérir une presque parfaite maîtrise.

 

Lorsqu’un des deux enfants étaient malades, bien plus rarement Toussainte, celle-ci faisait appel au docteur Salvodelli. Celui-ci, célibataire endurci – mais pas sans aventure – tant il était bien fait de sa personne, habitait une belle et grande maison en dehors du village. Tout autour de hauts murs empêchaient quiconque de jeter un regard, indiscret sur ce qui se passait les soirs de réception chez le médecin. Ces soirs là tout un ballet d’attelages divers obligeait le gardien à ouvrir et fermer sans arrêt le lourd portail de chêne qui fermait le parc entourant la maison. Par dessus le haut mur on apercevait la cime d’arbres aux essences diverses. Les oliviers plus que centenaires rivalisaient avec les eucalyptus aux formes altières, si grands qu’Ange en était venu à penser que leurs cimes côtoyaient aisément le plus haut des cieux, et que la tête du plus haut des arbres était couronnée par les nuages.

 

A l’occasion d’un de ces soirs de fêtes chez le docteur Salvodelli, profitant d’un instant d’inattention du gardien, avant que celui-ci ne referme le portail Ange en profita pour se faufiler avec agilité dissimulé derrière une belle calèche noire, à l’intérieur de l’immense parc enclos derrière ces murs austères. Il resta caché derrière l’énorme tronc d’un olivier, retenant son souffle. Cette précaution était bien superflue, car à l’intérieur de la maison et sur les terrasses avant et arrière le bruit des convives, et la musique que produisaient les musiciens chargés d’animer la soirée empêchait quiconque de percevoir le souffle imperceptible de la douce respiration d’un enfant.

Ange était ébloui, tout lui semblait féerique. Les lumières des chandeliers et lustres qui illuminaient l’intérieur de la maison, les terrasses et le parc. C’est surtout la vision de tous ces arbres majestueux qui le laissait sans voix. Lui dont la passion pour toutes ces sortes de colonnades naturelles de bois ne cessait de grandir en même temps qu’il grandissait avec elles. Jamais l’amour pour ces temples naturels ne se démentirait. Tout au long de la soirée prêtant quoiqu’inutilement attention à ne pas se faire voir, Ange parcouru dans tous les sens l’immensité du jardin. A la fin, en ayant fait plusieurs fois le tour de ce domaine, le garçonnet curieux s’endormit au pied d’un énorme chêne planté assez loin de la maison du maître et assez loin de celle du gardien. Il se dit qu’il trouverait bien un moyen de s’échapper de cette si belle prison, mais que pour le reste de la nuit, il devait en profiter. Se rassasier de tant et tant de verdure et des odeurs d’humus et de terre mêlées. Il n’aurait pas si souvent une aussi belle occasion d’en profiter. Lui, le fils taciturne de la belle Toussainte perçut inconsciemment cet appel troublant de la forêt.

Le froid du petit jour et l’humidité le réveillèrent, la rosée avait couronnée de jolies perles argentées la plus petite des feuilles, le moindre brin d’herbe tout autour de lui. Un à un les bruits de la nature se faisait entendre aux oreilles émerveillées de l’enfant. Par dessus tout, le chant des oiseaux émut Ange au plus haut point.

 

  • « Que fais-tu là ? et comment es-tu entré ? Mais je te reconnais, tu es Ange le fils de Toussainte la lavandière, celle qui a deux enfants et pas de mari réponds !! Allez, réponds !! »

 

Ange sursauta, il n’avait rien entendu, pas le moindre craquement de brindille, qui aurait pu l’alerter. Il tremblait plus de peur, que de froid. Devant lui campé fermement sur ses deux jambes se tenait Sauveur Piscien le gardien de la propriété du médecin. Malgré sa mine renfrognée, ses yeux couleur d’acier sous d’épais sourcils noirs et ses énormes poings serrés posés sur ses hanches larges, le gardien n’avait pas l’air si méchant qu’aurait pu le laisser penser sa grosse voix.

  • « Allons, qu’attends-tu : réponds moi ? Que fais-tu là au pied de cet arbre, à moitié endormi, et tremblant de froid ? ».
  • « Je, je, je me suis endormi, Monsieur Sauveur je, je, je n’ai rien fait de mal. Vous savez j’aime tant le bois et les arbres, que hier soir je n’ai pas résisté à la tentation d’entrer et puis j’étais fatigué d’avoir tourné et retourné dans ce si bel endroit, que j’ai pas fait attention, quand vous avez refermé le portail, après le départ du dernier invité de Monsieur le docteur et je me suis endormi là, au pied du chêne mais je vous promet, je n’ai rien fait de mal ».
  • « Bon, bon, bon, bien, bien, je te crois mon garçon, de toute façon, tu aurais affaire à moi, en cas de mauvaise action. D’abord à moi et puis ensuite à Monsieur le Docteur ».

Sauveur Piscien n’étais pas mauvais homme, en réalité il était tout le contraire de ce que laissait à penser son allure et ses traits de gros ours mal léché.

 

  • « Lève-toi ! Où faut-il que je te porte ? Suis-moi, je ne vais quand même pas laisser repartir Ange le fils de Toussainte, au petit matin avec l’estomac vide Allez debout fiston !!! »

 

Ange pas tout à fait rassuré, mais n’ayant pas d’autre choix que d’obtempérer, suivit Sauveur le gardien de ces lieux enchanteurs aux yeux de cet enfant, très curieux, et si peu bavard.

 

En réalité, et je vous confie ceci, comme un secret que vous saurez tenir serré au fond de le besace de votre esprit, en réalité Sauveur depuis sa toute première jeunesse était amoureux de la Toussainte. Il l’était depuis la première fois, où passant près du lavoir il avait observé la jeune lavandière plongeant sans crainte du froid de l’eau ses beaux bras à la peau si blanche, si laiteuse. La seule vision de ces bras dénudés avait suffit à allumer le feu dans le cœur, l’esprit et toutes les entrailles de Sauveur Piscien. Mais Toussainte ne l’avait jamais vu, elle le croisait tous les mercredis au marché du village, cela faisait presque vingt cinq ans qu’il se croisait ainsi toutes les semaines, et Toussainte ne le voyait pas. Du moins pas comme Sauveur aurait aimé qu’elle le regarde.

Toussainte avait préféré Joseph ce vagabond venu d’on ne sait où. Joseph lui avait fait deux enfants et puis hop !!! Envolé, disparu. Lui, Sauveur n’aurait pas agit de cette façon, pour sûr, même qu’il les aurait pris elle et ses enfants, si au moins elle avait eu le plus petit regard pour lui. Ah !! Si elle avait voulu…

 

  • « Allez entre, et assieds-toi tu as faim, tu dois avoir une faim de loup !!! »
  • « Oh !! oui, un petit peu je ne veux pas vous déranger. Et puis il faut que je rentre, ma mère va s’inquiéter ».
  • « Ta mère, va s’inquiéter !! en voilà une réflexion censée, mais tu ne crois pas qu’il fallait y penser un peu plus tôt ? Juste avant de te laisser tenter, puis de te faire enfermer dans le parc et d’y passer la nuit entière - en attendant que je te raccompagne, chez toi, mange, allez tu n’es plus à quelques minutes près. Même si Toussainte telle que je la connais, un peu doit se faire un sang d’encre il ne sera pas dit fois de Sauveur Piscien que je lui ramènerai son petit l’estomac vide et gargouillant ».

 

En même temps qu’il lui parlait le gardien de ce lieu magique aux yeux de Ange, lui avait coupé deux énormes tranches de gros pains et remplis un bol presque aussi gros qu’une bassine, d’un lait de chèvre moussu avec quelques gouttes de café et une demi douzaine de morceaux de sucre.

Jamais l’enfant n’avait fait de petit déjeuner aussi somptueux. Il s’en souviendrait toute sa vie.

 

  • « Bon allez, tu n’as plus faim, j’espère. On peut prendre le chemin du retour ».
  • « Bredouillant, rouge de confusion Ange remercia le bonhomme, heu !! heu merci Monsieur Sauveur, merci beaucoup, jamais je ne vous oublierai, jamais ».
  • « Monsieur Sauveur Piscien, on me dit Monsieur Sauveur Piscien. Ecoute-moi mon garçon, tu vas revenir et je t’apprendrai à reconnaître tous les arbres et aussi les usages que l’on peut faire de chacun d’eux.

Mais à deux conditions, la première c’est que tu viennes dans la journée que ta mère la plus brave des femmes parmi les braves femmes, en soit informée et surtout que tu entres par le portail grand ouvert et la tête haute compris, mon gars ? ».

 

Ange très ému hocha la tête, muet d’émotion et mis ses pas dans ceux du gardien Sauveur Piscien, jusque chez sa mère. Celle-ci morte d’inquiétude le pris dans ses bras en le couvrant de baisers. Un geste très exceptionnel pour cette époque, où l’on ne manifestait qu’à de très rares occasions ses sentiments, même lorsqu’on était une mère aimante et courageuse.

 

Ange ne se doutait pas que le gardien du parc du docteur Salvodelli, Monsieur Sauveur Piscien venait de sceller à jamais par son attitude, le restant tout entier de sa vie.

Plus rien jamais ne détournerait Ange Orsoni de son amour du bois et des arbres.

 

Quelques deux ou trois ans plus tard, je ne me souviens plus bien Ange entra en apprentissage chez un brave menuisier au bourg de Lumio, après cinq ans passés dans cet atelier, où le compagnon du tour de France Sage Ganac lui apprit tout ce qu’il savait lui même :

  • comment reconnaître toutes les essences d’arbres poussant sur l’île.
  • L’usage de tous les outils liés à la profession – les rabots, trusquins, varlope, gouge, râpes de toutes les dimensions…etc.

 

Ange malgré les réticences de Toussainte décida de traverser la mer et d’entreprendre à son tour son Tour de France du compagnon du devoir. Un jour de début du printemps de 1828, Ange Orsoni s’embarqua à bord d’un gros bateau qui assurait la liaison entre la Corse et le continent. Il avait juré à sa mère qu’il reviendrait s’installer sur son île natale. Mais la vie en décida autrement.

Nous verrons un peu loin, brièvement ce qu’il en advint de cette belle promesse et comment Ange, bien contre son grès ne put la tenir.

 

Pour l’heure, il est temps que j’en revienne à l’histoire qu’a fixé dans mon esprit cette photo sépia, ce bout de carton mal découpé, l’histoire du voyage de Savéria Orsoni.

C’est bien d’elle et d’elle seule dont je voulais vous parler au début de mon récit.

 

Et voilà que je me suis laissé emporter comme à mon habitude par le flot de mon imaginaire, de la même manière que lorsqu’une fileuse tire le fil d’une bobine sans le casser. Mais je ne suis pas une fileuse. Et c’est Savéria qui d’ors et déjà va occuper mon esprit et je l’espère finira aussi par vous conquérir aussi.

 

Souvenez-vous au moment de ma digression épistolaire qui m’a entraîné autour de Ange, je vous avais expliqué que Savéria l’aîné de Toussainte, la mère courage qui portait bien haut la valeur du symbolisme de son prénom était heureuse et qu’elle rendait heureux tout autour d’elle. Jamais cette grande qualité ne se démentit. Jamais, je vous le promets.

Au départ de son fils Ange, Toussainte ne se remit pas vraiment de la décision de celui-ci. Mais elle avait appris ou plutôt la vie lui avait appris que l’on ne fait pas des enfants pour les garder auprès de soi et que les garçons en particulier, ont un besoin incompréhensible d’aventure bien plus grand que les filles. Elle en avait été témoin à l’occasion du départ de Joseph, son Joseph, le père de ses deux beaux enfants.

Les hommes ne voient ni dans les soins et l’éducation à donner aux enfants, ni dans leur bon apprentissage une aventure digne de leurs ambitions et de leurs rêves, de mâles.

Même si de nos jours les choses ont beaucoup évoluées et si les filles ont elles aussi éprouvent parfois violemment cette soif d’ailleurs, ce sont d’abord les hommes qui « mettent les voiles », qui quittent sans regrets les rives des terres familières. Les hommes fuient sans regrets à toutes jambes les bords du fleuve de leur enfance.

 

Bien qu’à peine âgée d’un peu plus de cinquante ans au départ de Ange, Toussainte pourtant soutenue par sa fille, se laissa aller à une espèce de langueur, comme si tant d’effort, tant d’amour donné pour son fils, la laissait vide de but. Elle sombra peu à peu dans l’indifférence et le silence.

Savéria dut redoubler de travail pour subvenir aux besoins de sa mère et à ses propres besoins.

Heureusement la jeune fille était d’une bonne constitution. Sa légendaire joie de vivre suscitait l’admiration autour d’elle.

Petit à petit Toussainte devint hermétique à tous sentiments. Aussi bien aux malheurs de ses voisins qu’à leurs joies. Elle finit par ne plus sortir de chez elle, puis un jour sans raison apparente, elle refusa de se lever. Il fallut toute la douce persuasion de Savéria pour qu’elle consente à poser ses pieds hors du lit de bois sombre.

Pourtant Ange avec une générosité juvénile ne manquait pas une occasion de donner de ses nouvelles.

Malgré les visites régulières du docteur Salvodelli qui n’était plus tout jeune, Toussainte restait prostrée durant des heures assise devant sa fenêtre ou recroquevillée devant la cheminée. Elle marmonnait des paroles inintelligibles. Personne n’en comprenait le sens. Pas même Savéria. Celle-ci était au petit soin auprès de sa mère. Elle se disait souvent qu’elle lui devait tout. Sa force morale, son courage physique, et tout ce qu’elle savait faire, la moindre petite tâche quotidienne c’était elle sa chère maman qui le lui avait appris.

 

La voir ainsi se laisser aller vers sa fin lui mettait souvent des larmes au coin de ses beaux yeux. Mais très vite d’un coin de tablier, elle essuyait ses yeux embués et reprenait son travail, à l’intérieur ou à l’extérieur de la petite maison de pierre.

Il ne manquait que Ange et sa mère reprendrait le goût à la vie. Même la nouvelle du mariage de son fils et la prochaine naissance de son premier petit enfant ne la ramena pas un instant à cette belle réalité.

Toussainte quitta ce monde qui ne lui avait pas fait beaucoup de cadeaux le 15 Octobre 1836. Elle partit dans un souffle léger, sans bruit. Savéria pleura discrètement, écrivit la nouvelle à son frère. Celui-ci lui répondit plusieurs semaines après l’enterrement.

En ce temps là les moyens de communication étaient difficiles, et les déplacements rares et coûteux.

 

Savéria se demanda, à la sortie du cimetière :

« Pourquoi le monde ne s’arrête t’il pas de tourner quand une mère comme la mienne s’envole sans un bruit ?? ».

Il n’y avait autour d’elle personne pour apporter un quelconque semblant de réponse à cette question.

 

A SUIVRE...

Du mot Orient...

Rémy Ducassé dit Erde —
LA PAIX ET L'HARMONIE.

LA PAIX ET L'HARMONIE.

EXTRAIT DE MES DECLINAISONS PSEUDOS PHILOSOPHIQUES...Page 76/77 provisoire du manuscrit :

Le cri de l'âne.

10 juin 2015 à 14:50.

 

...DU MOT ORIENT...

 

Orient : tant et tant de belles choses nous

ont été apportées par les habitants de

l’Orient, il y a longtemps. Déjà en ces temps

reculés nous les avons tellement mal

traités. Qu’avons nous donnés à ces

HUMAINS en retour, rien ou presque.

Nous, nous sommes appropriés leurs

savoirs en les paraphant de nos noms –

voleurs et suffisants. Nous vantions nos

mérites alors que nous n’avions rien

inventé, rien découverts. Du pur plagiat

sans vergogne.

 

 

Et aujourd’hui depuis la deuxième moitié du 19ème

siècle nous pillons leurs terres nous épuisons

leurs ressources naturelles, simplement pour

satisfaire nos envies de démesure et d’inutilités. Et

lorsqu’ils font mine de se rebeller avec les armes que

nous leur avons vendus, nous les divisons, nous

installons à leurs têtes les pires d’entre eux en leurs

faisant croire qu’ils vont triompher des maux de

leurs congénères et de leurs terres en acceptant de

faire semblant de les servir.

Alors que c’est nous les Occidentaux qu’ils servent et

que la part qu’ils prennent à ce jeu pervers et

malsain, c’est le salaire de la trahison qu’ils

accomplissent sans aucun état d’âmes. Leur âme ils

la vendent au plus offrant. Et sur ce marché dans

chaque état ce sont les plus habiles gourmands qui

triomphent.

 

A l’Orient je ne vois que guerres

 

HUMANICIDES.

 

J'en connais qui se prétendent éclairés,

osant dire qu’il faut soit les refouler chez

eux, soit même les exterminer.

 

Je n’invente rien.

 

Ici, nul ne pourra me faire taire. C’est ma

page blanche.

 

Ici, je suis LIBRE et ma parole l’est aussi.

Ici, ce n’est pas moi qui trahis

l’engagement pris.

 

Ici, c’est ma parole et les accents de ma

voix contre la leur. Quelle que soit la

place haut perchée qu’ils occupent.

 

A l’ORIENT « IlS » nous ont appris à

compter, et nous ont offert les

mathématiques.

 

Ils avaient dans leurs rangs voilés de noir

les plus habiles poètes, et ce n’était pas

rimaille facile de leur part.

 

Déjà en ce temps là, ils magnifiaient le

sexe de la FEMME en en faisant toutes

sortes de comparaisons.

 

Ici, l’église craintive de peur de perdre

toutes ses prérogatives, interdisait à

coup de « bulles » papales tous leurs

écrits.

 

Ces bulles uniquement faites de vanité et

de certitudes dissimulaient toutes les

turpitudes et toutes les vanités des

princes, des rois et des diacres 

corrompus.

 

Ces princes, ces rois achetaient force

 

pièces d'or, le pardon de leurs pêchés à

 

coup d'<<Indulgence>> distribuées

 

cupidement par tous ces diacres avides

 

de pouvoir autant que ceux qu'ils étaient

 

censés pardonner.

 

Ils ont même exterminés celles et ceux

qui lucides et courageux furent tentés

d’emprunter d’autres chemins de la vertu

que ceux-là.

 

A l’ouest je ne vois que magouille et que

raison donné à l’âpreté du gain.

 

Nous sommes à l’ouest et c’est ce monde

là que je vois ici, s’écrouler.

 

Ne protestez pas si les enfants d’ORIENT

martyrisés viennent dans des barcasses

précaires au prix faramineux de leurs

maigres économies et au risque de ne

jamais poser leurs pieds usés à vingt ans

sur les berges de nos terres, quémander,

juste quémander un peu, un tout petit

peu de la part du gâteau trop sucré dont

vos ventres explosent.

 

Nos terres quel non sens.

 

Vous faux éclairés (petits hommes et

petites femmes minuscules) qui en avez

plein la bouche de l’Universalisme, qui

en mettez au point de dévoyer ce

magnifique mot, à tous les coins de vos

textes, au détour de chaque phrase.

 

Vous n’apportez plus la LUMIERE.

 

Vous n’êtes qu’ombre de l’ombre !!!

Même les chiens vous fuient aboyant

effrayés.

 

C’est l’ORIENT que je perçois. C’est

l’ORIENT pour qui je souffre. C’est

l’ORIENT avec qui je suis prêt à partager

le peu de mets délicats qui me restent.

 

Fuyez belle jeunesse ces beaux esprits

prétendument éclairés qui se replient

comme Harpagon sur sa casette.

 

La LUMIERE n’est plus là, la LUMIERE

certains d’entre vous l’ont déjà en eux et

ce sont ceux là qui m’intéressent.

 

Eux avancent sans certitude et sans

cassette, mais ce sont d’eux que va

rejaillir la fulgurante LUMIERE.

 

Ce sont là, mes FRERES et SŒURS en

Humanité, et ils sont partout en

Occident, en Asie, en Orient et dans les

territoires d’Amérique. Aucun continent

n’est délaissé par Eux.

 

Ils sont là, pacifistes ardents, non

violents, refusant la fatalité des armes -

objets de marchandages.

 

Ils sont là.

 

Ce sont ceux-là, la LUMIERE DE

 

DEMAIN.

 

Pour EUX la Paix, n'est pas une posture.

 

La Paix c'est un style de vie.

 

© Rémy Ducassé dit Erdé, Ville di Pietrabugno, le Mercredi 10 Juin 2015.

 

 

Du mot Orient...

...C'est ça la vie...

Rémy Ducassé dit Erde —
MA PRINCESSE - MON PRINCE ET moi !!! - ET TROIS DE MES AMOURS !!!
MA PRINCESSE - MON PRINCE ET moi !!! - ET TROIS DE MES AMOURS !!!

MA PRINCESSE - MON PRINCE ET moi !!! - ET TROIS DE MES AMOURS !!!

...C'EST ÇA LA VIE...

 

 

Je veux tout, de la vie

 

Je veux du rire à profusion

 

Je veux pouvoir rire de tout

 

Je veux rire de moi

 

Je veux rire avec Manon et Téo.

 

Je veux du « Partage » des richesses,

 

Je veux du soleil dedans et du soleil dehors,

 

Je veux du vent fou, pour nettoyer les esprits des

fous,

 

Je veux le chat qui joue, là sous mes yeux avec

mon Prince et ma Princesse.

 

Je veux de l'émotion devant le film de

 

Luc Besson : « The Lady ».

 

Je veux tout : les critiques qui me construisent,

 

Je veux tout : les compliments qui m'aident à

remonter sur le fil.

 

Je veux marcher le nez en l'air, soumis au vent

d'ici, et les yeux écarquillés sur ce que personne

ne voit.

 

Je veux tout voir : ce qui va et ce qui ne va pas.

 

Je perçois toutes les peurs : la mienne et celle des

autres.

 

Je n'aime pas le monde tel qu'il tourne,

 

Je n'aime pas l'injustice sociale,

 

Je n'aime pas l'indifférence d'un si petit nombre

 

d'humains qui possèdent tout, à l'égard de cette

 

multitude de ceux qui n'ont rien.

 

Mais je ne me résigne pas.

 

Je ne suis pas naïf,

 

Je ne suis ni aveugle, ni sourd,

 

Je ne rougis ni de ma vie, ni de la culture que je

me suis donné,

 

Je lis la revue le « Sarkophage » et les articles de

Paul Ariès.

 

Je suis fier de l'Amour que m'offre Pat, ma douce

 

amie, ma mie étoile ensoleillée,

 

Je suis ému quand je la vois chassée de l'emploi

 

qu'elle accomplit avec tant de conscience depuis

 

20 ans - tout cela à cause de la disparition

 

programmée de la profession,

 

Je lui dit : « nous allons faire face ».

 

Je veux tout : je ne suis ni optimiste béa, ni

pessimiste résigné.

 

Je dis des tas de « conneries » parce que je

 

cherche d'autres portes et d'autres voies que

 

celles que j'ai déjà franchies et déjà empruntées.

 

Je veux être vivant,

 

vivant et debout !!!

 

J'aime être avec Manon et Téo et j'aime les

entendre rire.

 

Je ne serais plus déçu par le prochain président,

 

ou le prochain député - parce que je ne mise ni

 

sur l'un, ni sur l'autre, pour changer tout ce que

 

je n'aime pas autour de moi.

 

Je ne veux pas d'un super-président ou d'un

 

super-député à qui je signerai une délégation de

 

pouvoir en blanc.

 

Je veux la 6ème REPUBLIQUE - mais

 

seulement si c'est la mienne - la nôtre

 

(Celle du plus grand nombre).

 

Je suis un poète et un rêveur, et alors ???!!!

 

Je suis un militant, mais je refuse que l'on me

 

colle la moindre étiquette,

 

et alors ???!!!

 

Je ne suis plus un enfant, et pourtant j'ai encore

 

plein de rêves en tête,

 

et alors ???!!!

 

 

Je montre un chemin, mais je n'oblige personne

(même pas Pat, ma mie) à l'emprunter avec moi,

 

La voie choisie n'est pas forcément la voie unique. 

La voie que l'on emprunte doit être la voie

librement choisie.

 

Je peux me tromper. Je ne suis pas tenu à la

perfection.

 

Je n'aime pas la perfection, j'ai le droit de me

contredire.

 

Ma parole s'envole, libre à qui le veut de

l'entendre et de l'écouter.

 

Je chante faux, mais je chante !!!

 

Je veux tout, de la vie

 

Je veux du rire à profusion

 

Je veux pouvoir rire de tout

 

Je veux rire de moi

 

Je veux rire avec Manon et Téo.

 

Je veux du partage d'émotion avec eux, avec ma

mie Pat.

 

Je suis fier d'être un papy et je veux l'être encore

longtemps...

 

© Rémy Ducassé dit Erdé, le 1 Février 2012.

TOUT LE SENS DE MA VIE !!!

TOUT LE SENS DE MA VIE !!!

...Vous les poètes...

Rémy Ducassé dit Erde —
NOUS SOMMES EXTRAORDINAIRES, PARCE QUE NOUS SOMMES ENSEMBLE...

NOUS SOMMES EXTRAORDINAIRES, PARCE QUE NOUS SOMMES ENSEMBLE...

…VOUS LES POETES…

 

Accourez et avec moi chantez : 

 

Je vous le demande

Vous les Poètes

Que pouvons nous faire

Face à la barbarie ?

 

Dominique, Mohamed, Paul-François, Rolande, Fattoum, Carine, Alain, Timillo, Henri-Etienne, Jacky, Suzanne, Monique-Marie, Elena, Laura et tous les autressi grands, si beaux, sur la surface de la terre répandus, mais tellement dispersés

 

Nous sommes le premier

 

Cercle...

 

 

Ceux qui jettent leurs pierres de mort, n’ont pas compris que ce sont de ces innombrables cercles nés de notre premier cercle que va se lever une aube pure, lavée de tous le sang versé par ces pierres de mort.

 

Peu vous importe vous les POETES qu’il y ait

Dieu ou pas.

Certains y croient, ils ne le nomment pas pareil, ils ne prient pas non plus de la même manière.

D’autres encore n’affichent aucune foi. Ils se taisent sur leurs croyances, elles n’appartiennent qu’à eux.

J’entends vos douces voix, humaines qui nous disent l’AMOUR de la vie, le sens des choses simples. Le goût tel celui des fruits bien mûrs que l’on offre aux enfants qui ont soif, en prenant grand soin de ne leur tendre que la pulpe dénoyautée.

 

Aucun risque qu’ils s’étranglent ne doit subsister

dans nos mains tendues.

 

AU SECOURS, VENEZ AUPRES DE MOI, SECHER MES

LARMES !!!

ENSEMBLE, CROYEZ-VOUS QUE LA DESESPERANCE

SERA MOINS GRANDE, MOINS LOURDE À PORTER.

 

Je vous le demande

Vous les Poètes

Ecoutez mon chant

Partagez-le !!!

Je vous devine

Au-delà du silence

Triste, affligés

Les cris ne passent

Pas les portes

De vos bouches closes.

 

Vos yeux fermés

Vos lèvres serrées

Ne sont pas l’indifférence

Tant je vous connais

Je sais lire derrière                                      

Vos mots, je lis

La conscience des peuples

Ceux d’en bas.

 

AU SECOURS, VENEZ AUPRES DE MOI, SECHER MES

LARMES !!!

ENSEMBLE, CROYEZ-VOUS QUE LA DESESPERANCE

SERA MOINS GRANDE, MOINS LOURDE À PORTER.

 

Je vous le demande

Vous les Poètes

Que pouvons nous faire

Face à la barbarie ?

Venez accourez à mes côtés

 

Accourez et avec moi chantez :  

 

Dominique, Mohamed, Paul-François, Rolande, Fattoum, Carine, Alain, Timillo, Henri-Etienne, Jacky, Suzanne, Monique-Marie, Elena, Laura et tous les autressi grands, si beaux, sur la surface de la terre répandus, mais tellement dispersés

 

...Répandons autour de nous les semailles pour la

 

moisson prochaine...

 

© Rémy Ducassé dit Erdé le Vendredi 15 Juillet 2016.

DEFINITION DU TERREAURISME !!!

DEFINITION DU TERREAURISME !!!

LA PAIX...

Rémy Ducassé dit Erde —
MER ACCOISEE - LE TUTOIEMENT A LA LUNE - JE SUIS UNE BULLE D'AIR POUR LA VERDURE DU MONDE - FONTAINES HUMAINES...
MER ACCOISEE - LE TUTOIEMENT A LA LUNE - JE SUIS UNE BULLE D'AIR POUR LA VERDURE DU MONDE - FONTAINES HUMAINES...
MER ACCOISEE - LE TUTOIEMENT A LA LUNE - JE SUIS UNE BULLE D'AIR POUR LA VERDURE DU MONDE - FONTAINES HUMAINES...
MER ACCOISEE - LE TUTOIEMENT A LA LUNE - JE SUIS UNE BULLE D'AIR POUR LA VERDURE DU MONDE - FONTAINES HUMAINES...

MER ACCOISEE - LE TUTOIEMENT A LA LUNE - JE SUIS UNE BULLE D'AIR POUR LA VERDURE DU MONDE - FONTAINES HUMAINES...

LA PAIX…

 

A Abdelghani RAHMANI pour son amitié fidèle.

 

L’appel à la Paix, jamais ne se hurle

Convaincre ça n’est pas un cri

L’appel à la Paix, c’est un murmure

La douceur, le mot posé remplace l’injure

L’appel à la Paix, un souffle léger

Au creux, ourlé d’une oreille attentive.

 

L’appel à la Paix, à nul ne s’impose

Mieux vaut y consentir que mourir

L’appel à la Paix, l’amour en symbiose

Lente métamorphose, inaccessible gnose

L’appel à la Paix, moiteur ouaté, l’alcôve

Au creux, douillet deux corps, l’osmose.

 

L’appel à la Paix, sillon en culture de l’esprit

Pour le transmettre, c’est la raison qui perdure

L’appel à la Paix, vent léger au-dessus d'océan

Après la tempête, une Méditerranée accoisée

L’appel à la Paix, voile bariolée d’Espérance

Au creux, désir profond d’universelle tolérance.

 

L’appel à la Paix, chant éternel rédempteur

La joie profonde prend le pas sur la douleur

L’appel à la Paix, vague infinie recommencée

Dépose sur les sables, avenir fertile et vertueux

L’appel à la Paix, fol élégamment et lancé

Au creux, tout à la fois déterminé et nuancé.

 

 

© Rémy Ducassé dit Erdé le, Vendredi 31 Mars 2017.

ET SI LE BLANC ET LE NOIR S'EPOUSAIENT VRAIMENT !!!

ET SI LE BLANC ET LE NOIR S'EPOUSAIENT VRAIMENT !!!

La pendaison des défroques du clown...

Rémy Ducassé dit Erde —
CHARLY CHAPLIN ET CLOWN BLANC !!!
CHARLY CHAPLIN ET CLOWN BLANC !!!

CHARLY CHAPLIN ET CLOWN BLANC !!!

 LA PENDAISON DES DEFROQUES DU CLOWN.

 

Un jour béni

Printemps refleuri

Comme certains oiseaux

J’ai changé

Changé d’amis (es), changé de nid

Moi

Histrion, bateleur de planches

L’âne souffreteux

Toujours debout.

 

Y avait un piton

Crochet oublié, inutile

Au ciel de ma chambre

Plutôt que de m’y pendre

Plutôt que d’en finir

Y perdre les années de ma vie

Sur un beau cintre de bois

J’y ai mis

Pendus mes « habits  de Lumière ».

 

Telles modestes parenthèses

Dos à dos, renvoyées

La redingote noire et rouge

Austère clown blanc

Et son double

La jaquette toiles bariolées

Auguste irrévérencieux, paillard

Battu par la vie

Autant que par les méchants.

 

Dans la vraie vie

Amuseur, regards tristes

Auxquels des deux

Va le plus mon attachement ?

Depuis ce jour de pendaison

Gaie et symbolique

Flottent devant mes yeux

Ces deux défroques

Veillant tendrement silencieuses

Sur mes terres, éclairant

Le chemin déroulé, en avant

De ma vraie vie.

 

© Rémy Ducassé dit Erdé le 8  Décembre 2010.

ERDE DU TEMPS OU IL ETAIT CLOWN...

ERDE DU TEMPS OU IL ETAIT CLOWN...

RENAISSANCE...

Rémy Ducassé dit Erde —
VEILLE A LA LUNE  - LA CLEF DE MON COEUR - PLUME D'ANGE !!!
VEILLE A LA LUNE  - LA CLEF DE MON COEUR - PLUME D'ANGE !!!VEILLE A LA LUNE  - LA CLEF DE MON COEUR - PLUME D'ANGE !!!

VEILLE A LA LUNE - LA CLEF DE MON COEUR - PLUME D'ANGE !!!

Je dédie ce p'tit poème de quat' sous à ma mie. C'est ELLE qui détient la clef de mon coeur...

 

...RENAISSANCE…

 

 

Lumière de mes jours,

Clarté sans voile de mes nuits,

Myriade d’Etoiles à l’infini

Sur fond d’Azur profond.

 

Jaillissement de l’Eau vive,

Fraîcheur de la source fertile,

Infinie splendeur de la Mer,

Mon horizon s’élargit.

 

Gardienne de mes troubles,

Dépositaire de mes secrets

Apaisante, provocante à la fois

Vivante, Ardente.

 

Dans chacune des Secondes

Qu’à tes côtés je vis,

Tu me purifies,

Et me fais bien plus beau.

 

 

 

© Rémy Ducassé dit Erdé à Castres le 15 Mai 1989.

Réécrit à Ville di Pietrabugno le 25 Mars 2015.

 

 

MA MIE EST MON ARBRE A COEURS !!!

MA MIE EST MON ARBRE A COEURS !!!

LE MONDE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE...

Rémy Ducassé dit Erde —
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...
LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...

LES CULBUTOS CHEVALIERS ET L'OISEAU LYRE DES P'TITS LUTINS DE VALERIE LA <<SURVEILLANTE DE SIESTE SORCIERE BENEFIQUE>>...

A Valérie Sorel, merveilleuse « Surveillante de sieste ».

 

LE MONDE DES P’TITS LUTINS DE VALERIE…

 

Il était une fois, une de mes amies qui exerçait le difficile mais ô combien exaltant métier de « Surveillante de sieste ».

Je ne vous ferais pas l’injure de vous expliquer de long en large, de haut en bas, ce que fait une « Surveillante de sieste ».

 

Sachez simplement, je vous prie de bien vouloir me croire, que cette fonction n’avait rien de « carcéral » dans ses applications et implications.

Valérie n’a rien d’un « garde chiourme ».

 

Sans jamais l’avoir vue de mes yeux, je savais presque parfaitement qui elle était.

 

Presque d’instinct.

 

Comme on devine la nature profonde d’un écrivain, d’un musicien, d’un peintre ou d’un sculpteur.

Tous les écrivains ne portent pas dans leurs mots couchés sur la belle page blanche dans l’attente de deux yeux pour les croquer comme on croque une belle pomme, la capacité à travers eux de se faire connaître. De faire lever même seulement l’instant d’une fraction de seconde le voile que nous portons sur nos vies, par simple et impérieuse pudeur.

Tous les compositeurs ne mettent pas dans leurs notes savamment alignées sur leurs portées, la sensibilité qui va transiter de leurs cœurs généreux à nos oreilles tellement sollicitées.

Tous les peintres et tous les sculpteurs n’étaient pas des génies avec leurs couleurs assemblées sur leurs toiles ou leurs murs. Je connais des « tagueurs » qui me touchent bien plus que certains grands peintres quottés sur les marchés des barbouilleurs.

Tous les sculpteurs ne taillent pas délicatement dans le bloc brut de marbre jusqu'à en faire surgir la blancheur laiteuse d’un sublime sein galbé ; au point de tenter tant de mains désireuses de se poser légèrement sur lui.

 

Pour parvenir à ce degré de perception, il faut être soi-même un peu artiste, même si ce « peu » est tout petit. Cette nécessité s’impose pour bien ressentir tout ce qui fait la personne.

Je ne vous parle pas là de sentiments.

 

Juste un peu de chimie.

 

Ou plutôt d’alchimie. Oui, c’est cela de l’alchimie. Cette science non reconnue, qui porte en elle depuis la nuit des temps des relents de sorcellerie.

 

Mon amie Valérie, d’ailleurs la seule « Surveillante de sieste » que je connaisse, croyez-moi sur parole est une véritable ARTISTE en majuscule.

 

ARTISTE majuscule et Sorcière bénéfique auprès de plusieurs générations de p’tits lutins. Les p’tits lutins de Valérie sont aussi des Lutins avec la majuscule. Il y en a de toutes sortes.

Des bruns, des blonds, des roux, des avec la peau blanche, d’autres avec la peau noire.

Cheveux courts, cheveux tressés, cheveux raides dressés sur tête ronde, allongée, ou carrée.

 

Notre Sorcière bénéfique se moquait bien des apparences souvent trompeuses comme toujours de ses p’tits Lutins.

 

Allez assez causé, je vais vous laisser vous imprégner du monde de Valérie, mon amie sorcière bénéfique auprès de ses p’tits lutins.

 

Regardez, n’en laissez pas échapper une seule miette. Regardez bien, très attentivement, prenez tout votre temps, vous n’êtes pas pressés.

 

Si vos yeux sont purs, si vous êtes sincères, alors vous sentirez comme moi battre doucement le cœur de Valérie et des p’tits lutins, de leur monde, de tout l’Amour qui s’y trouve.

 

Là vous pourrez dire alors, c’est donc cela l’Amour, le respect, la générosité.

 

Comme moi ainsi vous comprendrez mieux mon AMIE Valérie la Sorcière Bénéfique « Surveillante de sieste ».

 

Clic…Clac…Lou Coùnto es aquabat !!!

 

 

© Rémy Ducassé dit Erdé, le Vendredi 24 Mars 2017.

LES MONSTRES GENTILS DES P'TITS LUTINS DE VALERIE ET SON MONDE - CHARLY JOUE LA SERENADE A VALERIE !!!
LES MONSTRES GENTILS DES P'TITS LUTINS DE VALERIE ET SON MONDE - CHARLY JOUE LA SERENADE A VALERIE !!!

LES MONSTRES GENTILS DES P'TITS LUTINS DE VALERIE ET SON MONDE - CHARLY JOUE LA SERENADE A VALERIE !!!

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